VI. A Châlon-sur-Saône naquit, en 1765, Joseph Niepce. Il fit d'abord comme lieutenant une partie de la campagne d'Italie. Plus tard, retiré dans sa ville natale, il s'occupa de sciences, d'arts et d'industrie.
La boite des photographes.—C'est une boîte fermée de tous côtés, où la lumière n'entre que par un petit tube. L'image des objets placés devant la boîte se projette sur le fond, mais renversée. Le photographe introduit au fond de la boîte une plaque qui a la propriété de noircir à la lumière; il laisse ensuite pénétrer un rayon lumineux, et bientôt les objets se trouvent dessinés sur la plaque. C'est comme si on parvenait à fixer sur un miroir l'image de celui qui s'y regarde.
Il y avait un problème qui le tourmentait et dont il cherchait sans cesse la solution. En étudiant la physique, il avait appris que si, dans une boîte obscure fermée de toutes parts, on pratique un petit trou par lequel passe un rayon de soleil, on voit se peindre renversés sur le fond de la boîte les objets qui sont en face. C'est ce qu'on appelle la chambre obscure.
—Si je pouvais, disait Niepce, fixer sur du métal ou du papier cette image qui vient se peindre dans le fond de la boîte, j'aurais un dessin fait par le soleil, et d'une merveilleuse fidélité. Mais comment faire? Il faudrait, pour cela, frotter le métal ou le papier avec une chose qui aurait la propriété de noircir sous les rayons du soleil. Alors, quand les rayons entreraient dans la boîte, ils noirciraient le métal ou le papier, et reproduiraient les objets, les personnes, les paysages...
Mais Niepce cherchait sans pouvoir trouver rien qui le satisfît entièrement.
Or, il y avait à pareille époque un autre homme, Daguerre, qui cherchait le même problème. C'était un peintre fort habile, qui se disait, lui aussi:—Le soleil pourrait dessiner les objets en un clin d'œil si on réussissait à fixer l'image de la chambre obscure.
Il apprit qu'un inventeur habile, à Châlon, avait déjà trouvé quelque chose de ce genre. Il vint voir Niepce à Châlon et lui dit:
—Voulez-vous que nous partagions nos idées et que nous nous mettions à travailler tous les deux?
Niepce accepta. Dix ans après, en 1830, on annonçait à l'Académie des sciences une découverte qui devait faire honneur à la France et se répandre dans le monde entier: les principes de la photographie étaient inventés par Niepce et Daguerre.