—Non, petit Julien. Seulement nous sommes en face du Creuzot, la plus grande usine de France et peut-être d'Europe. Il y a ici quantité de machines et de fourneaux, et plus de seize mille ouvriers qui travaillent nuit et jour pour donner à la France une partie du fer qu'elle emploie. C'est de ces machines et de ces énormes fourneaux chauffés à blanc continuellement que partent les lueurs et les grondements qui nous arrivent.
—Mon Dieu, dit Julien, quel travail!
Le Creuzot est ainsi appelé parce qu'il est situé dans le creux d'une vallée. Là, s'est établie une des plus grandes usines de l'Europe, dont on voit dans la gravure les cheminées fumer. Autour de l'usine, s'est bientôt groupée toute une population d'ouvriers: une ville s'est ainsi formée, qui compte maintenant 31,000 habitants et s'accroît sans cesse.
—Oh! monsieur Gertal, s'écria André, si vous voulez me permettre demain d'aller un peu voir cette usine, je serai bien content. Vous ne savez pas comme cela m'intéresserait de voir préparer ce fer que nous autres serruriers nous façonnons.
—Nous irons tous les trois, enfants, quand la besogne sera faite: en nous levant de grand matin nous aurons du temps de reste.
Un haut-fourneau.—Les hauts-fourneaux sont des espèces de tours solides qu'on remplit par en haut de minerai de fer. Une fois que le haut-fourneau est allumé, on le remplit jour et nuit sans interruption pour avoir la plus grande chaleur possible, jusqu'à ce que les murs usés se fendent et éclatent. A mesure que le fer se fond, il tombe en dessous, dans un réservoir.
Le lendemain avant le jour nos trois amis étaient debout; on se diligenta si bel et si bien que les affaires furent faites de bonne heure, et on se dirigea vers l'usine. Julien, que son frère tenait par la main, était tout fier d'être de la partie.
—Il y a trois grandes usines distinctes dans l'établissement du Creuzot, dit le patron qui le connaissait de longue date: fonderie, ateliers de construction et mines; mais voyez, ajouta-t-il en montrant des voies ferrées sur lesquelles passaient des locomotives et des wagons pleins de houille, chacune des parties de l'usine est reliée à l'autre par des chemins de fer; c'est un va-et-vient perpétuel.