Ce silence ne faisait pas l'affaire de notre ami Julien, qui s'empressa de le rompre.
—Comment vous appelez-vous? dit-il avec un sourire expansif. Moi, j'ai bientôt huit ans, et je m'appelle Julien Volden.
—Je m'appelle Jean-Joseph, dit timidement le petit vannier, et j'ai huit ans aussi.
—Moi, j'ai été à l'école à Phalsbourg et à Épinal, dit Julien, et j'ai là un livre où il y a de belles images; voulez-vous les voir, Jean-Joseph?
Jean-Joseph ne leva pas les yeux.
—Non, dit-il, avec un soupir de regret; je n'ai pas le temps: ce n'est pas dimanche aujourd'hui et j'ai à travailler.
—Si je vous aidais? dit aussitôt le petit Julien, avec son obligeance habituelle; cela n'a pas l'air trop difficile, et vous auriez plus vite fini votre tâche.
—Je n'ai pas de tâche, dit Jean-Joseph. Je travaille tant que la journée dure, et j'en fais le plus possible pour contenter mes maîtres.
—Vos maîtres! dit Julien surpris; les fermiers d'ici ne sont donc pas vos parents?
—Non, dit tristement le petit garçon; je ne suis ici que depuis deux jours: j'arrive de l'hospice, je n'ai pas de parents.