I. Enfants, voici encore une belle histoire, l'histoire d'un magistrat français qui ne connut jamais dans la vie d'autre chemin que celui du devoir, et qui se montra aussi courageux dans les fonctions civiles que d'autres dans le métier des armes.
Michel de l'Hôpital naquit, en Auvergne, au seizième-siècle. Son travail assidu, ses études savantes et son grand talent le firent arriver à un poste des plus élevés: il fut chargé d'administrer les finances de l'État.
Bien d'autres, avant lui, s'étaient, à ce poste, enrichis rapidement, en gaspillant sans scrupule les trésors de la France. Michel, qui avait la plus sévère honnêteté, réforma les abus et donna l'exemple d'un entier désintéressement. Pauvre il était arrivé aux finances, pauvre il en sortit; tellement que le roi fut obligé de donner une dot à la fille de Michel de l'Hôpital pour qu'elle pût se marier.
Michel de l'Hopital, né à Aigueperse (Puy-de-Dôme), en 1505, mort en 1573.
La probité que Michel avait montrée dans l'administration des finances lui valut d'être nommé à un poste plus important encore. Cette fois, ce n'étaient plus les trésors de l'État qu'il avait entre les mains, c'était l'administration de la justice qui lui était confiée: il fut nommé grand chancelier du royaume.
Dès le début, on voulut lui arracher une injustice, et obtenir qu'il signât un arrêt de mort immérité. On le menaçait lui-même de le mettre à mort, s'il ne signait cet arrêt. La réponse de Michel de l'Hôpital fut telle, qu'il serait à souhaiter que tout Français l'apprit par cœur:
—Je sais mourir, dit-il, mais je ne sais point me déshonorer.
Et Michel ne signa pas.
Pendant plusieurs années il occupa son poste de chancelier sans qu'il fût possible à personne de le corrompre, ni par des présents ni par des menaces.