André, tout en causant avec les bûcherons, avait continué de prêter attention à la conversation des deux enfants; la dernière phrase le frappa, et lui aussi, sérieux, réfléchi, se disait en lui-même:
—Faire ce qu'on doit, advienne que pourra, c'est une belle pensée que je veux retenir!
LIX.—Le réveil imprévu.—La présence d'esprit et l'initiative en face du danger.
Ne pas se laisser troubler par un danger, c'est l'avoir à moitié vaincu.
Lorsque M. Gertal rentra, on se mit à table tous ensemble, et le Jurassien, désignant Jean-Joseph:—Tiens, dit-il au fermier, où avez-vous donc pris ce jeune garçon que je ne vous connaissais point? il a l'air intelligent.
—Pour cela, oui, dit le cultivateur, il est intelligent et il me rendra service s'il continue. J'avais besoin d'un enfant de cet âge pour garder les bêtes: je suis allé le chercher à l'hospice; on aime assez à placer les orphelins aux champs chez de braves gens; on me l'a confié. Il est encore si timide et étonné, il fait si peu de bruit, qu'à tout moment on oublie qu'il existe; mais cela ne m'inquiète pas, monsieur Gertal, il ne se dégourdira que trop à la longue.
—D'autant que vous êtes le meilleur des hommes, dit M. Gertal, et que vous aimez les enfants.
Après le repas, la veillée ne se prolongea guère: chacun se coucha de bonne heure. André et Julien furent conduits dans un petit cabinet servant de décharge; Jean-Joseph monta au second sous les combles, où il y avait une étroite mansarde, et M. Gertal eut, au premier étage, le meilleur lit.
—Tenez-vous tout prêts dès ce soir, dit le patron aux enfants: nous partirons demain de bonne heure; la voiture est chargée, il n'y a que Pierrot à atteler et je vais boucler ma valise avant de me mettre au lit.
—Oui, oui, soyez tranquille, monsieur Gertal, dirent les enfants.—Et avant de se coucher, ils bouclèrent aussi toute prête la courroie de leur paquet.