Quand la voiture fut hors de danger, André attacha le cheval à un arbre et dit à son frère.
—Petit Julien, tâche de sortir de ton étonnement afin de te rendre utile. Voyons, éveille-toi; cherche des pierres pour caler les roues de la voiture; moi, je cours aider les braves gens de la ferme qui sont dans l'embarras: quand tu auras fini, tu viendras me rejoindre.
—Oui, dit Julien, d'une voix qu'il essaya de rendre assurée, va, André.
Et il sauta hors de la voiture, pendant qu'André courait comme une flèche rejoindre M. Gertal près de la maison en feu.
LX.—L'incendie.—Jean-Joseph dans sa mansarde.—Une belle action.
Puisque tous les hommes sont frères, ils doivent toujours être prêts à se dévouer les uns pour les autres.
L'incendie avait fait des progrès effrayants. Les flammes tournoyaient dans les airs au gré de l'ouragan; la toiture en chaume tantôt s'effondrait, tantôt tourbillonnait en rafales étincelantes; mais on ne pouvait songer à éteindre l'incendie, car il n'y avait point de pompes à feu dans le hameau. On essayait seulement d'arracher aux flammes le plus de choses possibles: les bestiaux d'abord, la récolte ensuite. Chacun travaillait avec énergie. Le fermier n'avait malheureusement pas assuré sa maison, bien qu'on le lui eût cent fois conseillé. En voyant ainsi le fruit de trente années de labeur opiniâtre dévoré par les flammes, le malheureux était comme fou de désespoir et ne savait plus ce qu'il faisait.
Cependant le petit Julien avait repris son calme, et bientôt il arriva à son tour.
Sa première pensée fut de chercher Jean-Joseph à travers la foule; personne ne songeait à Jean-Joseph et ne savait où il était.
—Bien sûr, dit le petit garçon avec effroi, Jean-Joseph est resté dans sa mansarde; je cours le chercher.