Puis il s'arrêta, cherchant quel autre merci dire encore à son sauveur et quoi lui offrir; mais il songea qu'il ne possédait rien, qu'il n'avait personne au monde, ni père, ni mère, ni frère, qui pût remercier André avec lui, et il soupira tristement.

—Jean-Joseph, dit André, comme s'il devinait l'embarras de l'orphelin, c'est parce que je sais que tu es si seul au monde que j'ai trouvé le courage de te sauver. A ton tour, quand tu seras grand et fort, il faudra aider ceux qui, comme toi, n'ont que le bon Dieu pour père ici-bas.

—Oui, reprit Jean-Joseph du fond de son cœur, quand je serai grand, je vous ressemblerai, je serai bon, je serai courageux!

—Et moi aussi, et moi aussi, reprit la petite voix tendre de Julien, qui accourait avec un paquet de vêtements qu'on lui avait donnés pour vêtir Jean-Joseph, car le pauvre enfant à moitié nu frissonnait sous le vent froid de la montagne.

Lorsque cette nuit pénible fut achevée, le lendemain, au moment de partir, M. Gertal prit le fermier à part:

—Mon brave ami, lui dit-il, je vous vois plus désespéré qu'il ne faut. Voyons, du courage, avec le temps on répare tout. Tenez, les affaires ont été bonnes pour moi cette année, Dieu merci; cela fait que je puis vous prêter quelque chose. Voici cinquante francs; vous me les rendrez quand vous pourrez: je sais que vous êtes un homme actif; seulement promettez-moi de ne pas vous laisser aller au découragement.

Le fermier, ému jusqu'aux larmes, serra la main du Jurassien, et on se quitta le cœur gros de part et d'autre.

Une fois en voiture avec les deux enfants, M. Gertal posa la main sur l'épaule d'André; il le regardait avec une sorte de fierté et de tendresse.

—Tu n'es plus un enfant, André, lui dit-il, car tu t'es conduit comme un homme. Tout le monde perdait la tête; toi, tu as gardé ta présence d'esprit; aussi je ne sais ce qu'il faut le plus louer, ou du courage que tu as montré ou de l'intelligence si prompte et si nette dont tu as fait preuve.

Il se tourna ensuite vers Julien.