—Justement; mais ce n'est pas le tout: il faut encore que la ville où toutes ces routes aboutissent soit industrieuse et que ses habitants sachent travailler. C'est là la gloire de Lyon, cité active et intelligente entre toutes, cité de travail qui a su, depuis plusieurs siècles, maintenir au premier rang dans le monde une de nos plus grandes industries nationales: la soierie. Il y a à Lyon 120,000 ouvriers qui travaillent la soie, petit Julien, et dans les campagnes environnantes 120,000 y travaillent aussi: en tout 240,000.

—240,000! fit Julien, mais, monsieur Gertal, cela fait comme s'il y avait douze villes d'Épinal occupées tout entières à la soie!

Ouvrier de Lyon tissant la soie a l'aide du métier Jacquard.—La plupart des ouvriers de Lyon travaillent chez eux avec des métiers qu'ils possèdent ou qu'on leur prête. D'autres travaillent dans de grands ateliers où les métiers sont mus par la vapeur. Du haut des métiers on voit se dérouler toutes faites les pièces de soieries ou de rubans.

—Oui, Julien. As-tu vu, en passant dans les faubourgs de la ville, ces hautes maisons d'aspect pauvre, d'où l'on entend sortir le bruit actif des métiers? C'est là qu'habite la nombreuse population ouvrière. Chacun a là son petit logement ou son atelier, souvent perché au cinquième ou sixième étage, souvent aussi enfoncé sous le sol, et il y travaille toute la journée à lancer la navette entre les fils de soie. De ces obscurs logements sortent les étoffes brillantes, aux couleurs et aux dessins de toute sorte, qui se répandent ensuite dans le monde entier. Il se vend chaque année à Lyon pour plus de 500 millions de francs de soieries. Du reste, le travail de la soie n'est pas le seul à occuper les Lyonnais. Ils tiennent encore un beau rang dans cent autres industries.

—Monsieur Gertal, j'ai vu sur une place, en faisant ma commission, la statue d'un grand homme, et on m'a dit que c'était celle de Jacquard, un ouvrier de Lyon. Je vais ouvrir encore mon livre pour voir si on y a mis ce grand homme-là.

Julien feuilleta son livre et ne tarda pas à voir la vie de Jacquard.—Le voilà tout justement! Eh bien, je la lirai quand nous aurons quitté Lyon et que nous serons en voiture sans avoir rien à faire; car à présent nous avons trop à travailler pour y songer.

—Tu as raison, Julien, il faut que chaque occupation vienne à sa place. L'ordre dans les occupations et dans le travail est encore plus beau que l'ordre dans nos vêtements et dans notre extérieur.

M. Gertal se leva de table, car tout en causant on avait bien dîné.—Il faut se remettre au travail, dit-il; il est l'heure. Retournons à notre étalage et venons retrouver André.

LXIV.—Le petit étalage d'André et de Julien à Lyon.—Bénéfices du commerce.—L'activité et l'économie, premières qualités de tout travailleur.