—André, nous verrons peut-être des magnaneries là où nous coucherons?
—C'est bien probable, répondit André.
Quand le soir fut venu, les enfants demandèrent à coucher dans une sorte de petite auberge, moitié ferme et moitié hôtellerie, comme il s'en rencontre dans les villages. Ils firent le prix à l'avance, et s'assirent ensuite auprès de la cheminée pendant que la soupe cuisait.
Julien regardait de tous les côtés, espérant à chaque porte qui s'ouvrait entrevoir dans le lointain la chambre des vers à soie, mais ce fut en vain.
L'hôtelière était une bonne vieille, qui paraissait si avenante qu'André, pour faire plaisir à Julien, se hasarda à l'interroger, mais elle ne comprenait que quelques phrases françaises, car elle parlait à l'ordinaire, comme beaucoup de vieilles gens du lieu, le patois du midi.
André et Julien, qui s'étaient levés poliment, se rassirent tout désappointés.
Les gens qui entraient parlaient tous patois entre eux; les deux enfants, assis à l'écart et ne comprenant pas un mot à ce qui se disait, se sentaient bien isolés dans cette ferme étrangère. Le petit Julien finit par quitter sa chaise, et s'approchant d'André, vint se planter debout entre les jambes de son frère. Il s'assit à moitié sur ses genoux, et le regardant d'un air d'affection un peu triste, il lui dit tout bas:—Pourquoi donc tous les gens de ce pays-ci ne parlent-ils pas français?
—C'est que tous n'ont pas pu aller à l'école. Mais dans un certain nombre d'années il n'en sera plus ainsi, et par toute la France on saura parler la langue de la patrie.
En ce moment, la porte d'en face s'ouvrit de nouveau: c'étaient les enfants de l'hôtelière qui revenaient de l'école.
—André, s'écria Julien, ces enfants doivent savoir le français, puisqu'ils vont à l'école. Quel bonheur! nous pourrons causer ensemble.