Julien remercia beaucoup la fileuse de tout ce qu'elle venait de lui apprendre, et on alla se mettre à table.
LXX.—Le mistral et la vallée du Rhône.—Le canal de Lyon à Marseille.—Un accident arrivé aux enfants.—Premiers soins donnés à Julien.
C'est surtout quand le malheur arrive, qu'on est heureux d'avoir une petite épargne.
Le lendemain, pour continuer leur voyage, les enfants purent profiter de l'occasion d'un char-à-bancs. La route se fit d'abord le plus gaîment du monde. Le ciel était d'un bleu éblouissant; toutefois, depuis la veille, un grand vent froid du nord-ouest s'était levé et soufflait à tout rompre. C'était ce vent de la vallée du Rhône que les gens du pays appellent mistral, d'un mot qui veut dire le maître, car c'est le plus puissant des vents, et il a une telle force qu'il a pu faire dérailler des trains de chemins de fer en marche.
Julien s'étonnait de voir, malgré cela, l'air si lumineux et la campagne si riante.
Canal d'irrigation.—Les canaux d'irrigation destinés à répandre l'eau dans les champs sont absolument nécessaires dans les départements du midi, où les plantes souffrent surtout de la sécheresse. La vallée du Rhône, si aride, verra ses terrains doubler et tripler de valeur lorsque le canal d'irrigation actuellement projeté répandra dans la campagne les eaux fertilisantes qu'il aura empruntées au Rhône. Ce canal servira en même temps à la navigation et permettra aux bateaux de remonter plus facilement de Marseille jusqu'à Lyon.
—Oh! dit le conducteur de la voiture, si nous n'avions pas ce mistral, quel pays merveilleux ce serait que le Dauphiné et la Provence! Mais ce vent froid et desséchant est un fléau. Malgré cela, la terre est si fertile que, partout où on peut arroser nos champs, les moissons se succèdent avec une fécondité surprenante.
—Comment? dit André, on arrose les champs, chez vous!