—Mon enfant, répondit le bon vieillard en pleurant, Dieu t'en donne la grâce.—Et il avisa au moyen de satisfaire le désir de Bayard.
Quelques jours après, le jeune homme était dans la cour du château, vêtu de beaux habits neufs en velours et en satin, sur un cheval caparaçonné: il était prêt à partir chez le duc de Savoie, où il devait faire l'apprentissage du métier de chevalerie. Vous savez, enfants, que les chevaliers étaient de nobles guerriers qui juraient solennellement de consacrer leur vie et leur épée à la défense des veuves, des orphelins, des faibles et des opprimés.
La mère de Bayard, du haut d'une des tourelles du château, contemplait son fils les larmes aux yeux, toute triste de le voir partir, toute fière de la bonne grâce avec laquelle le jeune homme se tenait en selle et faisait caracoler son cheval. Elle descendit par derrière la tour, et le faisant venir auprès d'elle, elle lui adressa gravement ces paroles:
—Pierre, mon ami, je vous fais de toutes mes forces ces trois commandements: le premier, c'est que par dessus tout vous aimiez Dieu et le serviez fidèlement; le second, c'est que vous soyez doux et courtois, ennemi du mensonge, sobre et toujours loyal; le troisième, c'est que vous soyez charitable: donner pour l'amour de Dieu n'appauvrit jamais personne.
Le jeune Bayard tint parole à sa mère. A vingt et un ans, il fut armé chevalier. Pour cela, il fit ce qu'on appelait la veillée des armes; il passa toute une nuit en prières; puis le lendemain matin un chevalier, le frappant du plat de son épée, lui dit:—Au nom de Dieu, je te fais chevalier.
Armement d'un chevalier.—C'était seulement à 21 ans qu'on pouvait être armé chevalier. Après s'être baigné et avoir passé la veillée en prières à l'église, le futur chevalier était présenté au seigneur qui devait l'armer.
Les grandes actions de Bayard sont bien connues; il serait trop long de les raconter toutes ici. Un jour, il sauva l'armée française au pont de Carigliano, en Italie; les ennemis allaient s'emparer de ce pont pour se jeter par là à l'improviste sur nos soldats. Bayard, qui les vit, dit à son compagnon:—Allez vite chercher du secours, ou notre armée est perdue. Quant aux ennemis, je tâcherai de les amuser jusqu'à votre retour.
En disant ces mots, le bon chevalier, la lance au poing, alla se poster au bout du pont. Déjà les ennemis allaient passer, mais, comme un lion furieux, Bayard s'élance, frappe à droite et à gauche et en précipite une partie dans la rivière. Ensuite, il s'adosse à la barrière du pont, de peur d'être attaqué par derrière, et se défend si bien que les ennemis, dit l'histoire du temps, se demandaient si c'était bien un homme. Il combattit ainsi jusqu'à l'arrivée du secours. Les ennemis furent chassés et notre armée fut sauvée.
Après une vie remplie de hauts faits, Bayard reçut dans une bataille un coup d'arquebuse au moment où il protégeait la retraite de notre armée. Il faillit tomber de son cheval, mais il eut l'énergie de se retenir, et appelant son écuyer:—«Aidez-moi, dit-il, à descendre, et appuyez-moi contre cet arbre, le visage tourné vers les ennemis: jamais je ne leur ai montré le dos, je ne veux pas commencer en mourant.»