—Patience, j'en vais faire un pour vous montrer.

Hamacs des matelots.—Dans les navires, où l'on a si peu de place, il faut que des centaines d'hommes couchent dans un très petit espace: les matelots ne se servent point de lits. Ils ont de petites couchettes qu'on ramasse le jour et qu'on suspend le soir.

Et en moins de rien le marin saisit au plafond un paquet qu'il déroula. C'était une natte de forte toile, longue et étroite. Il accrocha une des extrémités à un crochet fixé au plafond, l'autre à un second crochet placé à deux mètres de distance; puis, se tenant des deux mains à l'un des crochets, il s'enleva de terre et bondit dans cette couchette suspendue en l'air.

—Voici, dit-il, le lit fait et votre serviteur dedans. J'ai de plus une couverture pour m'envelopper. C'est tout ce qu'il faut au matelot pour dormir à l'aise dans son hamac, bercé par la mer au bruit des vagues.

—Alors, dit Julien, tous les crochets que je vois servent pour les lits de tous les matelots?

—Justement, mon petit. Et voyez, chaque crochet a un numéro d'ordre, chaque hamac aussi. Il y a quarante numéros, nous couchons ici quarante hommes, et nous avons chacun le nôtre.

On visita aussi les cuisines avec leurs grands fourneaux que chauffe la machine à vapeur du navire, puis la boulangerie et le four. Enfin on allait, on venait, montant et descendant les différents étages, et chemin faisant on rencontrait des Chinois aux larges pantalons jaunes, ou des Arabes aux yeux brillants et sauvages, car une partie des hommes de peine du navire est composée de Chinois et d'Algériens.

Lorsqu'on eut bien tout examiné, on remercia le marin et on s'en alla vite; car André ne voulait pas être en retard pour l'heure du travail.

—Que tu es bon de te donner tant de peine pour moi, mon frère! dit Julien, pendant qu'André l'emportait dans ses bras. Cela doit bien te fatiguer de me soutenir toujours.