—Que tous ces phares sont beaux à voir! disait Julien; c'est une vraie illumination.

—Tout cela est fait pour nous éclairer dans notre route: les phares tiennent compagnie au navigateur et lui indiquent le bon chemin. Tu ne peux te faire une idée, petit Julien, combien cette côte de Bretagne était dangereuse autrefois. Il y a là des rochers qui ont mis en pièces je ne sais combien de navires: leurs noms font penser à tous les désastres qu'ils ont causés; dans la Baie des trépassés, par exemple, que de naufrages il y a eu! Lorsque, dans les tempêtes, la mer se brise sur tous ces rochers, elle fait un tel bruit qu'on l'entend sept lieues à la ronde. Il se produit aussi des tourbillons et des gouffres où tout vaisseau qui entre se trouve englouti, comme le gouffre du diable. Mais maintenant les plus dangereux de ces rochers portent chacun leur phare, et alors, au lieu d'être un péril pour les marins, ils leur sont une aide et semblent s'avancer eux-mêmes dans la mer pour mieux les guider.

XCII.—Il faut tenir sa parole.—La promesse du père Guillaume.—Dignité et respect de soi.

La parole d'un honnête homme vaut un écrit.

—Ah! mon Dieu! père Guillaume, dit le lendemain le petit Julien, pour savoir autant de choses que vous savez, il faut donc qu'il y ait bien longtemps que vous allez sur mer?

—Eh! oui, petit, répondit le pilote tout en regardant l'Océan qui était toujours un peu agité; voilà déjà vingt-cinq ans que je roule sur toutes les mers, et par tous les temps.

—Et cela ne vous ennuie point, père Guillaume, d'être toujours ainsi sur l'eau, exposé aux tempêtes!

—Petit, dit sentencieusement le père Guillaume, chaque métier a ses tracas, et celui de matelot n'en manque point; mais j'ai choisi celui-là et je m'y suis tenu; la chèvre broute où elle est attachée. Et puis je suis Normand, moi, et les Normands aiment la mer.

—Tout de même, père Guillaume, moi, j'aimerais mieux les champs que la mer, à cause des tempêtes, voyez-vous.

—Oh! bien, petit, j'essaierai des champs prochainement.