I. L'un des plus grands poètes de la France, Corneille, est né à Rouen au commencement du dix-septième siècle. Ses pièces en vers, qui furent représentées à Paris, excitèrent un véritable enthousiasme. Un jour, le grand Condé fut si ému à la représentation d'une de ses pièces, qu'il ne put s'empêcher de pleurer. Les œuvres de Corneille sont, en effet, remplies de sentiments élevés et de nobles maximes: il nous émeut par l'admiration des personnages qu'il représente. Aussi son nom fut parmi les plus illustres du dix-septième siècle.

Corneille resta cependant toujours simple et sans vanité. Il composait ses poésies à Rouen, dans sa ville natale, où il habitait une petite maison avec son frère; car les deux frères Corneille s'aimaient le plus tendrement du monde. Ils étaient tous deux poètes. L'un habitait un étage, l'autre l'étage supérieur; leurs cabinets de travail correspondaient par une petite trappe ouverte dans le plafond, et lorsque Pierre Corneille était embarrassé pour trouver une rime, il ouvrait la trappe et demandait l'aide de son frère Thomas. Celui-ci lui criait d'en haut les mots qui riment ensemble, comme victoire, gloire, mémoire, et Pierre choisissait.

Lorsque Pierre Corneille avait fini ses pièces, il venait à Paris les apporter, et comme il était pauvre, il allait à pied. On le voyait arriver avec ses gros souliers ferrés, son bâton à la main et un nouveau chef-d'œuvre sous le bras.

Vers la fin de sa vie, il vint s'établir à Paris. Sa pauvreté s'était encore accrue. On raconte qu'un jour il se promenait avec un écrivain de l'époque: ils causaient poésie. Tout d'un coup le grand Corneille, simplement, quitta le bras de son interlocuteur, et, entrant dans une boutique de savetier, il fit, pour quelques sous, remettre une pièce à ses souliers endommagés: telle était la simplicité et la grandeur avec laquelle il portait sa pauvreté sans en rougir.

La ville de Rouen a élevé à Corneille une magnifique statue, sculptée par David d'Angers.

II. Barfleur est un petit port de la basse Normandie, d'où Guillaume le Conquérant, chef des Normands, partit autrefois à la tête de sa flotte pour conquérir l'Angleterre.

A Barfleur naquit, au milieu du dix-septième siècle, l'abbé de Saint-Pierre, célèbre pour son ardent amour de l'humanité. Toute sa vie il n'eut qu'un désir, améliorer le sort des peuples, et dans ce but il proposa toutes sortes deréformes.

En 1712, sur la fin du règne de Louis XIV, l'abbé de Saint-Pierre fut témoin des cruels désastres qu'éprouva la France envahie; rempli d'horreur pour la guerre, il se demanda s'il ne serait pas possible aux nations de l'éviter un jour. C'est alors qu'il écrivit un beau livre intitulé: Projet de paix perpétuelle. Il y soutenait qu'on pourrait éviter la guerre, en établissant un tribunal choisi dans toutes les nations et chargé de juger pacifiquement les différends qui s'élèveraient entre les peuples.

Sans doute nous sommes loin encore de cette paix perpétuelle rêvée par le bon abbé de Saint-Pierre; mais ce n'en est pas moins un honneur pour la France d'avoir été, entre toutes les nations, la première à espérer qu'un jour les peuples seraient assez sages pour renoncer à s'entre-tuer et pour terminer leurs querelles par un jugement pacifique.

L'abbé de Saint-Pierre passa ainsi toute sa vie à chercher des moyens de soulager la misère du peuple et d'assurer le progrès de l'humanité. C'est lui qui a inventé un mot que nous employons tous aujourd'hui et qui n'était pas alors dans la langue française, le mot de bienfaisance. Il ne s'est pas contenté du mot, il a lui-même donné toute sa vie l'exemple de cette vertu.