Ce fut alors un grand silence, plein d'anxiété: tous les yeux étaient tournés vers le même point. Le navire approcha encore, mais il se dirigeait vers les côtes d'Angleterre, et, continuant rapidement sa route, il ne vit pas le frêle canot perdu au milieu de la mer.
Peu à peu les mâts semblèrent s'abaisser en s'éloignant, le navire ne parut plus qu'un point, le point lui-même disparut, et le canot des naufragés continua de flotter seul sur l'immense Océan.
Tous les cœurs étaient gros d'angoisse. Un silence morne régna de nouveau dans la petite barque.
Le soleil allait déjà se coucher et emporter avec lui la dernière espérance des naufragés, lorsque Julien, dont les yeux étaient tournés vers l'ouest, aperçut au loin une sorte de petit nuage noirâtre qui flottait au-dessus de l'horizon.
—Ne voyez-vous pas ce nuage? dit-il à son oncle.
Celui-ci regarda, puis, se levant tout à coup:—Oh! dit-il, ce n'est point un nuage, c'est de la fumée. Sûrement un vapeur est par là. Nous pouvons encore espérer.
Bientôt en effet la fumée sembla approcher, épaissir; puis, quelques minutes plus tard, on distinguait le haut des mâts et de la cheminée du vaisseau.
On se leva et on agita tout ce qu'on possédait d'étoffes à couleurs voyantes. Julien avait joint ses petites mains, les yeux tournés vers le ciel.
Tout d'un coup le navire à vapeur changea de direction et marcha juste sur le canot. Le signal avait été aperçu et on venait pour secourir les naufragés.
Quelques instants après, ils étaient tous à bord du grand bateau à vapeur la Ville de Caen, qui reprenait sa route vers Dunkerque, les emportant avec lui.