Après la maison paternelle, la première où se rendirent les enfants fut celle de l'instituteur qui les avait instruits, et auquel ils voulaient exprimer leur reconnaissance.

L'instituteur découvrit dans un coin de son jardin quelques fleurs en avance sur le printemps, et Julien fit un gros bouquet de ravenelles d'or et de pervenches bleues. Puis nos trois amis, dans une même pensée, se dirigèrent vers le petit cimetière de Phalsbourg.

Le soleil allait bientôt se coucher, empourprant l'horizon, lorsqu'on arriva près de la tombe de Michel Volden. On s'agenouilla devant la petite croix en fer qu'André avait lui-même forgée autrefois et placée sur la tombe de son père; puis on y déposa le bouquet de Julien.

Alors de ces trois cœurs remplis de tendresse et de regrets s'éleva intérieurement une prière.

L'oncle Frantz, immobile sur le gazon funèbre, repassait en son âme les souvenirs de sa jeunesse; il songeait aux belles années passées en compagnie de ce frère qui dormait son dernier sommeil au milieu des vieux parents, sur la terre natale devenue une terre étrangère! il lui jurait en son cœur d'être le père de ses deux orphelins.

Quant à André et à Julien, ils avaient les yeux pleins de larmes:—Père, murmuraient-ils, nous avons rempli ton vœu, nous sommes enfin les enfants de la France; bénis tes fils une dernière fois. Père, père, notre cœur est resté tout plein de tes enseignements; nous tâcherons d'être, comme tu le voulais, dignes de la patrie, et pour cela nous aimerons par dessus toute chose le bien, la justice, tout ce qui est grand, tout ce qui est généreux, tout ce qui doit faire que la patrie française ne saurait périr.

CXI.—Une lettre à l'oncle Frantz.—Un homme d'honneur.—La dette du père acquittée par le fils.

Que notre nom soit sans tache, et que devant personne nous n'ayons à en rougir.

Le lendemain, au moment de quitter Phalsbourg, l'oncle Frantz reçut une lettre de Bordeaux, lettre courte, simple, dix lignes seulement; mais ces dix lignes imprévues lui causèrent une telle émotion qu'il faillit se trouver mal.

«Frantz, disait la lettre, vous aviez placé toutes vos économies chez mon père, et sa ruine vous a absolument ruiné, vous aussi. Elle en a ruiné beaucoup d'autres, malheureusement, et le but le plus cher de ma vie sera de les rembourser tous. Je ne le puis que très lentement; néanmoins, comme de tous les créanciers de mon père vous êtes celui auquel il s'intéresse le plus, je veux commencer par vous le devoir que je me suis imposé d'acquitter peu à peu tous les engagements de mon père. Présentez-vous donc à la banque V. Delmore et Cie, rue de Rivoli, à Paris: il vous sera versé sur la présentation de vos titres les 6,500 francs qui vous sont dus.»