Vue de Besançon.—Besançon a 60,000 habitants. La principale industrie de cette ville très commerçante est l'horlogerie. Elle produit par an près de 100,000 montres, sans compter les grosses horloges. C'est Besançon et la Franche-Comté qui donnent l'heure à une bonne partie de la France.

—Parbleu! s'écria l'autre gendarme, puisque les enfants ont payé pour aller à Besançon et que nous ramenons la carriole jusque-là, qu'ils remontent; nous ferons route ensemble, et si l'ivrogne s'éveillait, nous sommes là pour le surveiller: ils n'ont rien à craindre.

Les gendarmes poussèrent l'ivrogne tout au fond de la carriole. André et Julien s'assirent devant sur le banc du cocher.

—Prenez les guides, mon garçon, dit à André le gendarme alsacien, et conduisez; nous remontons à cheval et nous vous suivrons.

André ne savait guère conduire; mais le gendarme lui expliqua comment faire, et il s'appliqua si bien que tout alla à merveille. On arriva à Besançon le plus gaîment du monde. Julien remarqua que cette ville est une place forte et qu'elle est tout entourée par le Doubs, sauf d'un côté; mais, de ce côté-là, la citadelle se dresse sur une grande masse de rochers pour défendre la ville. Julien, quoique bien jeune, avait déjà assisté au siège de Phalsbourg: aussi les places fortes l'intéressaient. Il admira beaucoup Besançon, et, en lui-même, il était content de voir que la France avait l'air bien protégée de ce côté.

Le gendarme alsacien recommanda ses jeunes compatriotes chez une brave femme qui leur donna un lit à bon marché.

—Oh! André, s'écria alors naïvement le petit Julien, je ne me serais pas douté combien ces deux gendarmes devaient être bons pour nous; j'aurais plutôt eu peur d'eux.

—Julien, répondit doucement André, quand on fait ce qu'on doit et qu'on n'a rien à se reprocher, on n'a jamais sujet d'avoir peur, et on peut être sûr d'avoir tout le monde pour soi.

XXXIII.—Une proposition de travail faite à André.—Le parapluie de Julien.