Le petit Julien, pour rattraper le temps qu'il avait passé à écouter le fruitier, s'en revint en courant de la fromagerie. Tout en marchant vite, il songeait à ce qu'avait dit la veille M. Gertal sur les associations du Jura, et arrangeant tout cela dans sa petite tête, il se disait:—Quelle bonne chose de s'entendre et de s'aider les uns les autres!
XXXVII.—Le travail du soir dans une ferme du Jura.—Les ressorts d'horlogerie.—Les métiers à tricoter.—L'étude du dessin.—Utilité de l'instruction.
Instruisez-vous quand vous êtes jeunes; plus tard, quelque métier que vous embrassiez, cette instruction vous y rendra plus habile.
Ce n'était point à une auberge qu'on était descendu, mais chez un cultivateur des Rousses, ami de M. Gertal.
Le patron passa une partie de la soirée à faire ses affaires chez ses clients, et les deux enfants restèrent dans la ferme située non loin du fort des Rousses qui défend la frontière; car les Rousses sont le dernier bourg de France sur la frontière suisse.
Lorsque la nuit fut tout à fait venue, la fermière alluma deux lampes. Près de l'une les deux fils aînés s'établirent. Ils avaient devant eux toute sorte d'outils, une petite enclume, des marteaux, des tenailles, des limes, de la poudre à polir. Ils saisirent entre leurs doigts de légers rubans d'acier qu'ils enroulaient en forme de spirale après les avoir battus sur l'enclume.
Ressort de montre.
André s'approcha d'eux tout surpris; leur travail, qui lui rappelait un peu la fine serrurerie, l'intéressait vivement.
—Que faites-vous là? demanda-t-il.