L'enfant, avec la vivacité de sentiment naturelle à son âge, embrassa de tout son cœur le vieil Étienne, et poussant un grand soupir:—Le père est au ciel, dit-il.

—Comment! s'écria Étienne avec émotion, mon brave Michel est mort?

—Oui, répondit l'enfant. Depuis la guerre, sa jambe blessée au siège de Phalsbourg n'était plus solide: il est tombé d'un échafaudage en travaillant à son métier de charpentier, et il s'est tué.

—Hélas! pauvre Michel! dit Étienne, qui avait des larmes aux yeux; et vous, enfants, qu'allez-vous devenir?

André voulut reprendre le récit du malheur qui leur était arrivé, mais le brave Étienne l'interrompit.

—Non, non, dit-il, je ne veux rien entendre maintenant, mes enfants; vous êtes mouillés par la pluie, il faut vous sécher au feu; vous devez avoir faim et soif, il faut manger.

Étienne aussitôt, faisant suivre d'actions ses paroles, installa les enfants devant le poêle et ranima le feu. En un clin-d'œil une bonne odeur d'oignons frits emplit la chambre, et bientôt la soupe bouillante fuma dans la soupière.

—Mangez, mes enfants, disait Étienne en fouettant les œufs pour l'omelette au lard.

Pendant que les enfants savouraient l'excellente soupe qui les réchauffait, le père Étienne confectionnait son omelette, et la femme du sabotier, enlevant un matelas de son lit, préparait un bon coucher aux petits voyageurs.

Le poêle ronflait gaîment. André, tout en mangeant, répondait aux questions du vieux camarade de son père et le mettait au courant de la situation.