Julien, tout en réfléchissant ainsi, s'approcha du jeune enfant qui travaillait à ses devoirs. Il fut surpris de voir qu'il dessinait, et que son cahier était couvert de rosaces et d'étoiles, de fleurs, d'animaux, de jolies figures d'ornementation qu'il avait tracées lui-même.

—Quoi! lui dit-il, vous avez appris le dessin, déjà?

—Il faut bien, dit l'enfant; le dessin est si utile aux ouvriers! Il nous sert beaucoup pour tous les travaux que nous faisons pendant l'hiver.

—Oui, reprit la fermière; nous avons huit mois d'hiver sur la montagne; durant ces longs mois, la neige couvre tout, et il faut rester chez soi auprès du feu. Il y a même des villages où l'on est si enveloppé par les neiges de toutes parts, qu'on ne peut plus communiquer avec le reste du pays. La terre ne nous donnerait pas de quoi vivre si nous ne travaillions beaucoup et si nous restions ignorants. Mais nous avons de bonnes écoles, où on apprend même le dessin et les travaux d'horlogerie. Quand on est bien instruit, on gagne mieux sa vie.

Le petit Julien trouva tout cela fort sage; il se rappela que la mère Gertrude lui avait dit que la France ouvre de jour en jour plus d'écoles pour instruire ses enfants.

—Moi qui veux bien travailler quand je serai grand, pensa-t-il, je ne perdrai pas mon temps à l'école. La fermière a raison; pour faire des choses difficiles, il faut être instruit.

XXXVIII.—La Suisse et la Savoie.—Le lac de Genève.—Le mont Blanc.—Les avalanches.—Le lever du soleil sur les Alpes.—La prière du matin.

Les beautés de la nature doivent élever notre pensée vers Dieu.

Le lendemain, on quitta les Rousses dès trois heures du matin, car le patron voulait arriver à temps pour le marché de Gex, une des principales villes du département de l'Ain.

André enveloppa soigneusement le petit Julien dans son manteau: l'enfant, bercé par le balancement de la voiture et par le bruit cadencé des grelots sonores de Pierrot, ne tarda pas à dormir aussi bien que dans son lit.