L'aigle.—L'aigle, le plus fort et le plus féroce des oiseaux, a la vue perçante, les pieds robustes, armés d'ongles aigus. Ses ailes étendues ont près de 3 mètres de largeur. Son nid (ou aire) est placé dans les rochers les plus sauvages, au milieu des montagnes et des précipices. C'est là qu'il transporte, pour nourrir ses petits, les animaux qu'il a pris ou enlevés dans ses serres.

Carte de la Savoie.—Cette province est couverte des plus hautes montagnes de l'Europe. On y trouve des mines de plomb, de cuivre, de fer, des carrières de marbre et de granit, quelques rivières charrient de l'or en petite quantité. Chambéry, l'ancienne capitale de la Savoie (22,000 hab.), fabrique des gazes de soie renommées. Annecy (15,000 h.), située au bord d'un beau lac, tisse le coton et la soie.

—Qu'est-ce que cela mange, les chamois?

—L'herbe rase des prairies de la montagne. Dans les grandes forêts de sapins, dans les lieux les plus sauvages, il y a d'autres animaux: on rencontre dans les Alpes des ours bruns.

—Des ours! fit Julien; oh, oh! cela ne vaut pas les gentils chamois. Nous en avons pourtant vu un l'autre jour à Lons-le-Saulnier, qui était apprivoisé et qui dansait sur ses pattes de derrière au son de la musique.

—Il avait été pris sans doute encore jeune dans les Alpes. Un autre animal des montagnes, c'est l'aigle; on peut le voir sur la cime des rochers, voler à son aire. Les aigles se jettent parfois sur les troupeaux, saisissent dans leurs serres les jeunes agneaux qu'ils peuvent attraper, et les enlèvent en l'air; on en a vu emporter jusqu'à de jeunes enfants. Aussi les montagnards font une chasse continuelle à ces bêtes malfaisantes: ils les poursuivent dans le creux des rochers; ils luttent contre elles, et de jour en jour, aigles et ours deviennent plus rares.

—Je vois à présent, monsieur Gertal, que les montagnards sont bien braves. Aussi, j'aime les montagnards; mais je voudrais savoir si, dans leur pays, en Suisse et en Savoie, on sait travailler comme dans la Franche-Comté et la Lorraine.

—Certainement, petit Julien. Depuis que la Savoie est française, les progrès ont été très rapides dans cette contrée. On y a fait un grand nombre de routes, ce qui permet de transporter facilement les produits de la terre et les marchandises. Et puis, les Savoisiens sont très intelligents et comprennent l'importance de l'instruction. Les écoles se multiplient chez eux. Quand tout le monde sera instruit dans ce beau pays, on verra, de plus en plus, la Savoie changer de face; l'agriculture, mieux entendue, enrichira les cultivateurs, l'industrie fera prospérer les villes; car vois-tu, petit Julien, il faut toujours en revenir à l'instruction: les esprits cultivés sont comme les terres bien labourées, qui paient par d'amples moissons les soins qu'on leur donne.