— Non. Je crois bien que la carrière d'un vieux garçon me plaît trop pour que j'en change.

— Oh! il est certain que, quand on est arrivé à trente ans sans se marier, dit-elle du ton dont elle eût cité l'âge de Mathusalem… C'est vrai, Bon-géant, que vous avez déjà un peu l'air d'un vieux garçon… Vous savez, le Bon-géant ne se mariait jamais dans les contes… Kerjean, quand j'aurai trente ans et que je serai une très vieille fille, nous nous réunirons pour vivre ensemble…

— Petite Phyl, insinua doucement Guillaume, dans les contes, la princesse se mariait toujours…

— Oui, mais il y avait le prince Charmant qui venait la quérir…
Allez-vous l'amener à mes pieds?

— Non, répliqua Kerjean plus sérieusement que la question ne semblait le comporter. Non, je ne connais pas, tout au moins pas encore, le prince Charmant que je voudrais amener à vos pieds, ma petite amie.

Elle soupira sans rien dire.

— On dirait que vous êtres triste, ce soir… et la petite Phyl triste, c'est si étrange, si contre nature!

— Peut-être y a-t-il une petite Phyl que vous ne connaissez pas,
Kerjean?… Je ne suis pas triste, cependant… Kerjean, vous ne m'avez
rien dit de vous… Vous devez être fier des succès de la maison
Patain?… Vous ne volez pas dans les meetings?…

— Je vole pour faire des essais, et aussi quelquefois, pour ma propre joie… Il faut avoir fait de l'aviation pour connaître l'ivresse de la solitude absolue à sept cents mètres au-dessus du sol…

— Alors, vous ne voudriez pas m'emmener vers les étoiles?