— En vérité, je crois n'avoir pas même une tasse de thé à vous offrir… Ah! mais aimez-vous le sirop de framboise? Anaïk en fait d'excellent et qui embaume.
Ce savant inventeur disait ainsi parfois des choses très simples avec un contentement puéril qui riait dans sa voix grave.
Le sirop de framboise, l'eau toute fraîche qui embuait le verre, les petites galettes bretonnes — gloire d'Anaïk — furent servis dans le salon, sur le guéridon empire, et Kerjean vit dans les yeux de Phyllis la même petite clarté de plaisir qu'au Nouveau Parc de Vichy, quand elle goûtait avec des tartines et de la crème.
Quelques jours après, Kerjean reçut une lettre de Phyllis. La veuve du notaire de province, Mme Chardon-Pluche, avait commencé par déclarer que Mlle Boisjoli paraissait "aussi jeune que ses filles" et était affligée d'un physique tout à fait impropre au rôle de chaperon. Mais Mme Chardon-Pluche ne savait plus rien refuser à son admirable amie Laure. L'accord avait été conclu.
Kerjean revoyait Phyllis, mince, souple, harmonieuse, des roses à la main, la magnificence de ses cheveux blonds, l'éblouissante pureté de son teint rose. C'était bien une jeune fille dans tout l'innocence en même temps que dans toute la grâce de sa délicieuse juvénilité… Mais qui donc garderait une pareille institutrice?
Pour la centième fois, il se demandait: "Que puis-je faire? Si j'avais un ami dans la gêne, je lui dirais: "Venez chez moi…" mais une femme, une jeune fille… que puis-je faire?"
VIII
"Paris, 39 bis rue des Vignes, 3 octobre.
"Mon cher Kerjean, me voici chez Mme Chardon-Pluche, remplissant depuis dix jours mes fonctions de demoiselle de compagnie et de promeneuse.
"Mme Chardon-Pluche vient seulement de s'installer à Paris, où il était à l'avance entendu que tout serait très neuf, très parisien et très moderne — lisez: "vaguement anglais et d'un horrible modern style". On a l'impression d'y être à l'hôtel. Souvent je rêve, mélancolique, à ma vénérable Peuplière ou à votre beau salon ancien de la rue Boursault.