Pourquoi Guillaume dit-il toujours qu'il m'a vue naître… et que je suis une enfant!
20 janvier.
Nous causons beaucoup, à propos de toutes choses. Si Guillaume prétend qu'il ne me comprend plus toujours aussi bien qu'autrefois, moi, je pourrais répondre qu'auprès de lui, j'éprouve l'impression contraire. Il me semble comprendre Guillaume beaucoup mieux, beaucoup plus complètement qu'autrefois… Oh! ce n'est pas, en ce cas, que le livre soit devenu plus facile à lire, c'est plutôt qu'aux anciens jours, insouciante et distraite, je n'y jetais les yeux qu'avec négligence, en passant… mes yeux égoïstes et futiles de petite princesse…
22 janvier.
J'ai fait une apparition chez les Mauriceau… Mais j'ai évité le "jour" de madame, ne voulant à aucun prix penser à Fabrice de Mauve…
J'ai rempli également mes devoirs de politesse auprès de Mlle Arguin, que j'ai manquée; de Mme Patain qui avait vingt personnes autour d'elle et avec qui je n'ai pas échangé dix mots. Je lui ai parlé de "mon mari". De prononcer ces deux mots "mon mari" me paraît très drôle… Jamais je n'appelle Guillaume "mon mari", ni quand je m'adresse à lui ni quand je pense à lui.
Je songe au couple amoureux de Bruges, et je me préoccupe de jouer congrûment mon rôle d'heureuse jeune mariée…
Et, soudain, je constate que l'amitié — une certaine amitié — est une bien belle chose, puisqu'elle peut ainsi parler, sans le savoir, le même langage que l'amour.
VI
Paris, 25 janvier.