"Guillaume Kerjean avait dit la vérité. La haine abritait mon coeur. Je le comprenais, je le sentais tout à coup avec une intensité singulière. C'était comme un brutal trait de feu qui foudroyait mon orgueil.

"Phyllis, je vous ai haïe de toutes les iniquités dont j'avais pâti, de toutes les déceptions, de toutes les rancoeurs que la vie avait laissées en moi… et, quand j'ai été riche, je me suis réjouie de vous voir dépouillée.

"Je rends grâce à Dieu qui a permis que mes yeux s'ouvrissent.

"Aujourd'hui, j'ai solennellement répudié les mauvais instincts de mon coeur en vous nommant ma légataire universelle…"

…Guillaume, à son tour, avait lu. Lentement, il replia la lettre et me la rendit.

J'eusse été incapable de dire de façon précise ce que j'éprouvais. Cet héritage inattendu ne me causait aucune joie. Cette richesse qu'on m'annonçait, je la sentais peser sur mes épaules, lourde et noire comme un vêtement de deuil.

Et brusquement, j'éclatai en sanglots.

…Guillaume a compris mon désir de rendre à Mlle Laure tous les devoirs. Pendant la cérémonie funèbre, alors même qu'il semblait occupé par d'autres soins, je sentais que toute sa pensée, tout son coeur était près de moi.

Il a été parfaitement bon… Mais pourquoi, par instants, semblait-il si sombre? Pourquoi cet air contraint?

Il n'est plus tout à fait le même.