— Guillaume, que voulez-vous dire?

— Je veux dire, mon enfant, que la possibilité de refaire votre vie vous est maintenant offerte, et je désire vous rendre votre liberté.

Il me semblait qu'un élément étrange glaçait mon coeur.

Un moment, le silence tomba sur nous. Puis, plus bas, d'une voix altérée, Guillaume parla:

— Phyllis, ma chère enfant, me connaissant, n'attendiez-vous pas ce que je viens de vous dire?… Comment imaginiez-vous dans votre vie nouvelle une place pour moi… pour l'homme simple, peu fortuné, que je suis?… Que serais-je auprès de vous, dites-moi, rue d'Offémont ou à la Peuplière?… Je profiterais du luxe de la maison, des multiples avantages d'une grande fortune… Songez que je n'ai rien à moi… Ma petite! Comment ne l'avez-vous pas compris?

— Guillaume, Guillaume, c'est de la démence… Vous présentez les choses avec un parti pris méchant et vous les déformez à plaisir… Vous n'êtes qu'un orgueilleux, voilà la vérité…

— Oui… petite Phyl… il y a des situations qui amoindrissent un homme… si elles ne l'avilissent pas… Celle de mari pauvre d'une femme riche…

— Ah! Guillaume… vous continuez à défigurer les faits les plus simples… Quand vous m'avez épousée, Guillaume, c'est moi qui étais pauvre… et combien plus pauvre que vous! Maintenant, nous sommes mariés; ce n'est pas moi qui hérite, c'est nous deux…

— Vous n'êtes pas ma femme… Il n'y a entre nous qu'un lien fictif, dont la seule raison d'être était votre situation difficile… et qui par conséquent tombe d'elle-même.

Il a dit "vous n'êtes pas ma femme".