La phrase lui parut si bien tournée et elle se sut si bon gré de l’avoir dite, qu’elle gratifia sa propre amabilité d’un sourire satisfait dont Pierre bénéficia.
Puis des présentations eurent lieu, des sièges furent offerts et une conversation s’engagea.
On ne parla guère que de la pluie et des beaux jours, des bois du Hautvert, dont mademoiselle Charlotte disait « nos bois », du temps des fêtes de Trianon dont elle disait « notre temps » et de J.-J. Rousseau dont elle disait « votre Rousseau », mais à qui elle pardonnait d’avoir commis le Contrat social qu’elle n’avait pas même ouvert, parce qu’il avait écrit la Nouvelle Héloïse qu’elle avait lue plusieurs fois.
La vieille demoiselle ne tint cependant qu’à demi la promesse que lui avait demandée sa nièce, de s’interdire toute allusion aux événements de 89 et à ceux qui avaient suivi. Un moment vint où le mot de « révolution » lui chatouilla si irrésistiblement la langue qu’il lui fallut, coûte que coûte, le prononcer.
Ce fut à propos d’un incident fort banal.
M. Fridolin avait posé un peu trop près d’un rideau la lampe dont il s’était servi pour lire.
— Fridolin, Fridolin, êtes-vous fou ? s’écria soudain mademoiselle Charlotte, sur le ton de la plus intense frayeur. Vraiment, c’est à croire que vous voulez l’incendie du château et notre mort à tous !
— Oh ! madame, pardonnez-moi, je suis désolé ! gémit Fridolin, qui se montrait en effet beaucoup plus désolé que ne semblait l’exiger une aussi légère peccadille.
— Je vous pardonne, mon ami, concéda mademoiselle de Chanteraine un peu remise.
Puis elle se tourna vers Pierre :