«Léon!... le Lion de la mer!... Vie et mort!... Vie et mort!»

Les Péruviens, cette fois, répétèrent le refrain Pi-hé; puis on se hâta de gonfler les balses pour aller au devant du navire.

Le cacique de Tinta se mit à genoux en adressant au Dieu des chrétiens d'ardentes actions de grâces, car à tous les mâts du brig se déployaient des bannières sacrées:

A l'arrière le pavillon français,

Au grand mât le lion rouge sur champ d'or,

Au mât de misaine, enfin, le soleil des Incas sur champ d'azur au chef d'argent, c'est-à-dire l'emblème national du Pérou sur l'écusson de Garba y Palos.

—Elle est à bord!... elle est à bord!... Isabelle, ma fille, est à bord! disait le chef des Condors en tremblant de bonheur.

Parawâ-Touma, Baleine-aux-yeux-terribles, se tenait fièrement, en brandissant son méré, sur la première des balses qui s'élancèrent à la rencontre du brig victorieux de Léon de Roqueforte.

—Ah! tonnerre des Cordillères! s'écria maître Taillevent, le plus brave des anthropophages de mes amis! cet excellent cannibale de Parawâ-Touma, le Grand-Poisson qui regarde à faire peur! Quelle chance de le retrouver ici!

Une exclamation pareille devait donner beaucoup à penser au jeune et vaillant Camuset. Or, depuis la grande victoire des corsaires de Bayonne, et surtout depuis que le Lion avait doublé le cap Horn, maître Taillevent, beaucoup moins discret que par le passé, tenait des propos inimaginables, dont il ne permettait à personne de douter, sous peine de coups de poing inimaginables aussi.