—Excellent débarras! Qu'il aille se faire pendre ailleurs! dit en anglais monsieur son père à madame sa mère, qui fut absolument du même avis.

Cinq ou six autres fils ou filles suffisaient d'ailleurs à leur tendresse, et l'on peut affirmer qu'ils en auraient aisément donné deux ou trois pour être bien sûrs que Pottle ne reparaîtrait jamais. Ce sacrifice peu ruineux fut inutile. Pressé comme vagabond, Pottle avait l'honneur d'être logé aux frais de son gouvernement sur on ne sait quel vaisseau de Sa Majesté Britannique. Par l'intermédiaire de ses contre-maîtres de manœuvre, la même Majesté daigna former à coups de fouet l'esprit et le cœur de Pottle Trichenpot, sans parvenir toutefois à faire de lui un mousse passable.

Naturellement lâche, malpropre et filou, il était rempli d'intelligence pour les travaux occultes qui avaient enrichi ses chers parents. Tant d'aimables qualités réunies en sa seule personne devaient le faire distinguer par le munitionnaire en chef du vaisseau le Warspit; il se rendit, par un zèle à toute épreuve, digne d'une pareille distinction; nul ne pesait et ne mesurait plus mal que lui, nul ne décomptait mieux. Il savait ses quatre règles dès l'âge tendre, il apprit à lire et à écrire dans l'espoir de devenir un jour munitionnaire royal. Malheureusement, enhardi par trop de succés, il ne se borna plus à filouter l'équipage au profit de son protecteur, et voulut bénéficier de ses talents. Cette ambition le perdit.

Cent coups de fouet et deux ans de prison lui furent attribués en récompense de ses mérites; mais à quelque chose malheur est bon. Pottle fut attaché au service particulier du chapelain de la prison, estimable ministre qui, chaque soir, se faisait faire par lui la lecture de la Bible, et qui, plus tard, le donna pour valet à son neveu le master de la corvette the Hope (l'Espérance). On se rappelle comment cette corvette fut brûlée sur les côtes de Galice par le corsaire le Lion, et comment Pottle, mis en barrique, recueilli par la Guerrera, puis embarqué sur la Dignity, parvint à se faire accepter comme domestique par le loyal Roboam Owen.

Hypocrite formé par tant d'infortunes et devenu très habile à faire naître les occasions favorables, Pottle eut le talent de s'insinuer dans les meilleures grâces du spéculateur qui trafiquait à l'anglaise des revenus de la Bible dans les archipels de l'Océanie.

A Londres, il fut trouvé digne de toute confiance et en partit avec une pacotille dont il devait tirer les plus agréables profits.

Le catholicisme est abnégation, désintéressement, dévoûment allant jusqu'au martyre. Celles des sectes dissidentes qui exploitent les rives lointaines sont animées par l'esprit diamétralement inverse.

Pottle Trichenpot, marié à Sydney avec la fille d'un déporté, n'était rien moins que missionnaire anglican lors de la prise du Duff.

Possesseur d'une magnifique collection de spiritueux et de bibles, de ciseaux, de couteaux et de verroteries, il travaillait à l'édification, à la conversion et à la civilisation des Polynésiens avec un succès des plus rares. Sa pacotille fut perdue, hélas! mais en dépit du rancunier Taillevent, le missionnaire Pottle Trichenpot n'eut qu'à se louer des traitements de Sans-Peur le Corsaire.

En vérité, il fut acueilli en ancienne connaissance. Le capitaine lui demanda des nouvelles du brave lieutenant Irlandais Roboam Owen. Pottle, d'abord tout tremblant, se rassura et dit que M. Owen continuait à servir dans la marine britannique.