Depuis le départ de Bayonne, hommes et navires s'étaient renouvelés plusieurs fois sous les ordres de Sans-Peur le Corsaire, dont la plus saillante qualité fut toujours le talent avec lequel il se créait des ressources. Un assez faible noyau de son équipage primitif et quelques officiers seulement restaient attachés à sa fortune.
Parmi ces derniers, se trouvaient Émile Féraux, qui montait la frégate la Lionne: Bédarieux, capitaine de la corvette le Lion, et le pilotin à qui l'Unicorn était confié.
A l'ouvert du Callao, Émile Féraux, commandant en chef par intérim, hissa pavillon parlementaire, mais ne reçut point de réponse. Le cas était prévu par les instructions de Sans-Peur. On s'y conforma.
Le premier caboteur du pays qui parut gouvernant sur le port, fut chassé, pris et chargé des dépêches à l'adresse du vice-roi,—dépêches adressées par terre, d'autre part, à l'agent secret résidant à Lima.
Or, au moment de relâcher le caboteur trop heureux d'en être quitte à si bon compte, Émile Féraux fit appeler le lieutenant Roboam Owen et son camarade Wilson. Il leur laissait le choix de rester à bord ou de débarquer, mais au second cas, sous la condition d'honneur qu'ils ne révéleraient point aux Espagnols l'absence de Léon de Roqueforte.
Les deux officiers anglais, ayant opté pour leur débarquement, furent invités au bal du vice-roi, où, à la vue du Lion de la mer, ils tinrent une conduite fort différente.
Esprit droit, cœur loyal et reconnaissant, Roboam Owen s'avança la main ouverte. Sans-Peur la lui serra cordialement et la plaça dans celle de don Ramon, qui s'excusa de ses torts avec la plus chaleureuse courtoisie.
Le capitaine Wilson salua comme à regret, ce qui n'échappa point aux regards de Sans-Peur.
—Ingrat!... c'est bien!... tant pis pour lui! pensa le corsaire, trop occupé d'ailleurs pour lui donner sur-le-champ une leçon méritée.
Lorsque, par l'ordre du vice-roi, les Espagnols tirèrent leurs épées, Roboam Owen se précipita entre eux et Léon de Roqueforte. Wilson demeura neutre.