—A moi, messieurs!... En haut la garde!... criait le colonel l'épée à la main.
Les officiers espagnols, cette fois, ne se laissèrent pas arrêter par Roboam Owen; ils fondaient sur Sans-Peur le Corsaire. La garde pénétrait dans le salon du vice-roi. De nouveaux cris d'effroi retentirent.
Mais tout à coup, comme à miracle, les cinq principaux acteurs de cette scène violente disparurent par la fenêtre au milieu d'un immense éclat de rire dont le vice-roi prit sa part.
Taillevent et Parawâ s'étaient baissés. Le colonel fut escamoté comme une muscade, tandis que Sans-Peur et don Ramon passaient du balcon sur l'impériale d'un carrosse. Le carrosse partit au grand galop; toutes les voitures des belles invitées le suivaient.
—Dansez, mesdames, dansez jusqu'à notre retour!... Vive la paix! criait Sans-Peur.
—Vive la paix! répéta la populace.
—Où vont tous ces carrosses? demandait-on.
—Ils vont au Callao chercher les danseurs de la division française.
La vice-reine fit un signe à son orchestre; le bal commença. Son Excellence le vice-roi était d'une gaîté folâtre. Trop heureux d'avoir échappé au ridicule d'être enlevé de chez lui par la fenêtre, monseigneur trouvait ravissant le joli tour du corsaire.
—Ce pauvre colonel! disait-il, quelle drôle de mine il doit faire dans son carrosse entre M. le comte et Sa Seigneurie la Baleine-aux-yeux-terribles!...