ESQUISSE A GRANDS TRAITS.
Huit jours durant, le Lion de la mer fut le lion de Lima et du Callao.—On illumina en son honneur. Le vice-roi ne jurait plus que par lui et par don Ramon, marquis de Garba y Palos, à qui était réservée la mission de pacifier l'intérieur.
Sous l'escorte des gauchos de Quiron, le frère d'Isabelle alla prendre possession de son gouvernement, qu'il occupa jusqu'en 1808,—époque à laquelle une politique maladroite fit remplacer par la métropole tous les hauts fonctionnaires du Pérou.
Une seconde trêve de sept ans succéda ainsi aux troubles qui n'avaient guère cessé depuis la retraite de l'époux de Catalina. Durant ces sept années, Gabriel grandit sous les yeux des caciques, non sans prendre quelquefois la mer à bord des navires de son père. Mais, par une convention tacite, le fils des Incas ne s'embarqua jamais en même temps que sa mère et ses deux frères jumeaux.—Ainsi, des gages vivants de l'alliance secrète du Lion de la mer avec les indigènes péruviens, demeurèrent toujours au milieu d'eux.
Soumis à un régime doux et juste, patients, discrets et certains d'être noblement secourus dès que l'Espagne changerait de conduite à leur égard, les chefs les plus éclairés approuvaient hautement la sagesse d'Isabelle et de son époux.
Gabriel, salué du titre de Condor-Kanki, était élevé dans le palais du gouverneur espagnol, mais il n'y vivait point en prisonnier. Au retour de ses campagnes de mer, entreprises du consentement des caciques, son oncle ne mettait aucun obstacle à ses excursions chez les diverses tribus de la plaine et des montagnes.
Don Ramon tolérait qu'on l'y reçût comme le dernier héritier de la race seigneuriale. Et nul doute que l'Espagne n'eût fini par conquérir l'amour des peuples indigènes, si, après le deuxième marquis de Garba y Palos, Gabriel de Roqueforte eût été successivement appelé au gouvernement de Cuzco et à la vice-royauté du Pérou.
Mais il n'en fut pas ainsi.—Don Ramon, brusquement destitué, fut rappelé en Europe et obéit en fidèle sujet espagnol.
La guerre éclatait de nouveau entre l'Espagne et la France.—Tout d'abord, dans les possessions d'outre-mer, au Mexique, à la Nouvelle-Grenade, à Buenos-Ayres, au Chili, au Pérou, les créoles se prononcèrent pour Ferdinand VII contre l'empereur Napoléon; mais bientôt, selon les prévisions du Lion de la mer, la grande insurrection de l'indépendance domina tous les mouvements politiques. Lasse du joug séculaire de l'Espagne, l'Amérique méridionale se soulevait tout entière.
L'heure de la délivrance avait sonné.