Léonin et Lionel, au contraire, sont frêles, pâles, presque chétifs, quoique bien portants et parfaitement constitués.
—Ne craignez rien, commandant, disait à leur propos le chirurgien-major de l'escadrille corsairienne, je vous réponds d'eux. Vos lionceaux deviendront des lions!
Les lionceaux avaient dix ans passés.
Mêmes voix, mêmes gestes, mêmes regards, même intelligence. Seulement, leur mère trouvait Lionel plus tendre et plus soumis, et leur père finit par reconnaître en Léonin plus d'initiative, plus de force de caractère.
—Il sera temps bientôt que ces enfants voient la France, leur patrie, avait-il dit avant de partir pour sa dernière expédition.
Cette parole, qu'Isabelle ne connut point, fut prononcée en présence de Taillevent, qui se permit de demander:
—Et M. Gabriel?
—Ami, répondit Léon avec tristesse, ai-je coutume de manquer à mes serments et de reprendre ce que j'ai donné?
—Pour lors, murmura le maître, m'est avis que la bonne femme de mère à Taillevent, si Dieu fait qu'elle vive encore, pourra bien embrasser mes quatre petits sauvages,—Pierre et Jacques, ou, comme qui dirait en espagnol, Pedro et Iago, Blas et Ricardo, ou, comme qui dirait en français, Blaise et Richard,—mais qu'elle n'embrassera jamais mon aîné Liméno, péruvien comme son nom et sa chance.—Ah! le pauvre gars, il en avalera des Cordillères, il en courra des bords sur le lac de Plomb et à travers les montagnes du Pérou, sans jamais voir notre cher Port-Bail, sur les côtes de Normandie, en face de Jersey!
—Pourquoi cela, Taillevent? Ton fils, à toi, n'est point de la race des Incas...