A nuit tombante, les deux navires français se rapprochèrent l'un de l'autre; une longue amarre fut lancée par les gens de l'Hirondelle; Gabriel, Liméno, Camuset s'y accrochèrent, et changèrent de bâtiment sans qu'il eût été nécessaire de mettre en panne.
Après le coucher du soleil, le Lion hissa trois fanaux, l'Hirondelle n'en hissa qu'un seul. Mais une heure plus tard, le paquebot prit les devants, de telle sorte que les quatre fanaux se confondirent pour les Anglais. Alors le Lion amena deux de ses feux, l'Hirondelle en hissa deux autres, et les navires prirent deux routes différentes.
L'Illustrious s'attacha, comme l'espérait Sans-Peur, à la poursuite de l'Hirondelle, qui se laissa gagner à dessein; mais aussitôt que le Lion fut hors de danger, le paquebot reprit son élan.
Au point du jour, le commodore Wilson s'aperçut avec rage que Sans-Peur lui avait échappé.—A midi, l'Hirondelle à son tour disparut.
Après un immense circuit, le capitaine Bédarieux, qui se conforma de tous points aux combinaisons de son commandant en chef, atterrit conséquemment dans la baie de Quiron, où Isabelle, de son côté, avait eu le temps d'arriver avec sa jeune famille.
Si Camuset mâchait sa moustache rousse, c'est qu'il savait, le digne contre-maître, qu'une seconde séparation était inévitable.
Les yeux baignés de larmes, Isabelle et Liména laissent chacune à terre leur fils aîné; l'Hirondelle met sous voiles; mais enfin, ô bonheur! le Lion de Sans-Peur paraît aussi.
Du rivage, une immense acclamation le salue.
Gabriel, Liméno, maître Barberousse et les Quichuas, rassemblés sur les roches qui servaient autrefois de belvédère au vénérable Andrès, battent des mains, agitent des drapeaux et crient avec enthousiasme: «—Gloire au Lion de la mer!»