—En quoi indigne?... Pourquoi déchue?... Mademoiselle de Garba y Palos rentrera dans sa demeure; j'ai l'honneur de vous le déclarer sur ma parole, moi!...
—De quoi se mêle cet homme?... interrompit le marquis. Osez violer mon domicile, vous ne serez qu'un pirate!... Je suis prêt, vous le voyez, à repousser la force par la force.
—Dieu me garde d'user de violence envers le frère de dona Isabelle, reprit Léon, qui mesurait ses paroles sans lâcher la crosse de son pistolet et sans perdre de vue les moindres gestes du châtelain. Mais, à cause de moi, vous fermez votre porte à mademoiselle, dont je suis le cavalier. Gens d'Espagne, je vous prends tous à témoin; écoutez-moi!
Le silence, un moment troublé par des cris et des murmures, se rétablit à ces mots.
—Je jure devant Dieu, et je proclame publiquement que, du consentement du noble Andrès de Saïri, cacique de Tinta, au Pérou, je suis le fiancé de sa petite-fille et unique héritière dona Isabelle de Garba...
—Imposture! interrompit don Ramon en dirigeant un pistolet sur Léon de Roqueforte.
Isabelle jeta un cri.
—Taillevent, retiens-la! dit le corsaire qui ajustait don Ramon.
Le maître empêcha l'amazone de se placer devant son fiancé, sous le coup d'une arme fratricide.
Matelots français, soldats et miliciens espagnols apprêtèrent leurs fusils; la foule poussait des hurlements.