X

DROITS DES PRISONNIERS.

L'état-major du corsaire le Lion était fort nombreux pour un état-major de brig du commerce.

Un corsaire, étant armé par des particuliers, ne fait point partie de la marine militaire;—tout belliqueux qu'il est, il il se trouve donc rangé dans la catégorie des bâtiments marchands;—aussi les corsaires s'intitulent-ils en riant: Marchands de boulets.

A bord se trouvaient six capitaines de prise, embarqués en supplément, outre le premier lieutenant ou second, le lieutenant, le sous-lieutenant, et quatre pilotins susceptibles de faire fonctions d'officiers.

Les pilotins, sur les navires de guerre, ne sont que des mousses attachés au service de la timonerie;—les pilotins du commerce sont des jeunes gens destinés à devenir lieutenants, et, plus tard, capitaines dans la marine marchande. Les quatre pilotins du Lion couchaient dans des hamacs suspendus au milieu du carré ou chambre du brig;—les domiciles des officiers et du chirurgien donnaient sur la même pièce, très long boyau partagé en deux par l'escalier d'arrière, et qui se prolongeait jusqu'à la chambrette échue en partage maintenant à la soubrette Liména.

Au bruit du coup de pistolet tiré sur le capitaine, toutes les portes s'ouvrirent;—les deux pilotins qui n'étaient pas de quart se jetaient bas de leurs hamacs;—déjà justice était faite.

Le matelot de faction, à qui le master avait arraché son pistolet, avait le sabre en main. D'un coup de manchette, il abaissa l'arme et le poignet du prisonnier; la balle se perdit dans le bordage. D'un coup de pointe, il l'étendit mort à ses pieds, en disant:

—Pardon, excuse, capitaine; si ce bruit a réveillé madame, il n'y a pas de ma faute.

Sans-Peur tenait en joue le lieutenant anglais, que dans leur fureur les officiers et pilotins menaçaient aussi de leurs armes.