Dans l'iris de l'écume saline, un héros sublime de sang-froid, et sur cette falaise abrupte une céleste créature digne d'être protégée par les anges de la Pureté, de la Piété filiale, de la Reconnaissance, de tous les sentiments généreux.
Belle, svelte, gracieuse,—belle d'une beauté inconnue même dans les Espagnes,—svelte comme le palmier indien,—plus gracieuse que l'oiseau du paradis,—dona Isabelle avait pour mobile l'amour de sa lointaine patrie, le souvenir pieux de son noble aïeul. La fille des Incas espérait, frémissante; elle avait tremblé pour celui en qui elle retrouverait un libérateur. Certes! elle obéit à un mouvement irréfléchi, lorsque après ses ferventes prières, réveillée en sursaut par le canon, elle s'élança de son prie-Dieu sur son coursier péruvien;—certes, ce fut avec une sorte de délire qu'elle prit l'abrupt chemin de la falaise, et qu'elle osa stimuler la vitesse de sa fougueuse monture, au point d'être ensuite incapable de la maîtriser;—mais rien dans cette âme pieuse qui ne fût louable. Son exaltation était la religion des ancêtres. Elle se souvenait du vieux cacique Andrès de Saïri, son aïeul, et l'image de l'héroïque Catalina, sa mère, lui était apparue disant:—«Oui! ma fille, c'est lui, c'est bien lui, c'est le Lion de la mer! vivant encore! Va donc! cours à sa rencontre!...»
Un brig corsaire, ou pour mieux dire un aigle des flots, fier, effilé, audacieux, menaçant,—fier comme le glorieux pavillon français qui fouette la brise au-dessus de sa poupe,—effilé comme le roi des airs dont il affecte la forme, dont il a le vol rapide,—plus audacieux qu'un démon,—plus menaçant que le lion dont il porte le nom sur son tableau d'arrière et l'image sculptée à son extrême avant, exécutait la plus hardie des manœuvres que l'on puisse concevoir. Toutes voiles hautes, il brave la tempête qui siffle dans ses agrès, la mer qui rugit sous son éperon, les écueils qui se dressent écumants dans ses eaux.
—O mon Dieu! murmura l'amazone en voyant le navire gouverner droit sur un chenal que les vieux pilotes de la côte de Galice déclaraient impraticable. Il va se briser! Il va périr!...
—Elle! Isabelle! lancée de la sorte au-dessus du précipice!... Son cheval l'emporte! Elle est perdue!... disait à demi-voix le capitaine du brig le Lion.
Et celui que les plus hardis marins de l'Océan avaient, d'une commune voix, surnommé Sans-Peur, Léon de Roqueforte, qui revenait du large, vainqueur d'une corvette anglaise, le modèle des corsaires de la république française proclamée depuis cinq mois, le héros de la nuit, le brave entre les plus braves,—épouvanté par la témérité de la jeune fille,—pâlit en commandant d'une voix terrible de jeter l'ancre et de carguer toutes les voiles à la fois.
Isabelle poussa un cri de terreur; la foule accourue sur le rivage y répondit par des clameurs bien diverses.
On entendit des rires moqueurs et des applaudissements barbares, des accents de pitié, d'admiration, d'enthousiasme, et des vœux impies pour un naufrage «infaillible.»
L'équipage du Lion obéissait aveuglément. Le brig mouillait au milieu d'un tourbillon entre les brisants et la côte. Ses voiles avaient été carguées avec une merveilleuse promptitude, et l'ancre ayant mordu sur une roche, il pivotait en reculant vers la falaise dont sa poupe passa si près que son pavillon la frôla et s'y colla un instant.
Alors,—en cet instant même,—de l'extrémité de la vergue basse qu'on nomme le gui, un homme s'élança, par un bond désespéré, sur une des aspérités de la côte à pic, il criait: