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matérielle;
c'était affaire au spectateur d'en discerner le
commencement et la fin. Les têtes du roi étalent de véritables
portraits dessinés d'après nature, et la figure des
dieux en reproduisait les traits aussi exactement que
possible. Puisque Pharaon était fils des dieux, la façon
la plus sûre d'obtenir la ressemblance était de modeler
leur visage sur le visage de Pharaon. Les acteurs secondaires
n'étaient pas moins soignés que les autres, mais
quand il y en avait trop, on les distribuait sur deux ou
trois registres, dont la hauteur totale ne dépasse jamais
celle des personnages principaux. Les offrandes, les
sceptres, les bijoux, les vêtements, les coiffures, les meubles,
tous les accessoires étaient traités avec un souci très
réel de l'élégance et de la vérité. Les couleurs, enfin,
étaient combinées de telle façon qu'une tonalité générale
dominât dans une même localité. Il y avait dans les
temples des pièces qu'on pouvait appeler à juste titre:
la salle bleue, la salle rouge, la salle d'or. Voilà pour l'époque classique. A mesure qu'on descend vers les bas temps, les scènes se multiplient. Sous les Grecs et sous les Romains, elles sont si nombreuses que la plus petite muraille ne peut les contenir à moins de quatre (Fig.104), cinq, six, huit registres. Les figures principales semblent se contracter sur elles-mêmes pour occuper moins de place, et des milliers de menus hiéroglyphes envahissent tout l'espace qu'elles ne remplissent pas. Les dieux et les rois ne sont plus des portraits du souverain régnant, mais des types de convention sans vigueur et sans vie. Quant aux figures secondaires et aux accessoires, on n'a plus qu'un souci, c'est de les entasser aussi serré que possible. Ce n'est pas là faute de goût; une idée religieuse a décidé et précipité ces changements. La décoration n'avait pas seulement pour objet le plaisir des yeux. Qu'on l'appliquât à un meuble, à un cercueil, à une maison, à un temple, elle possédait une vertu magique, dont chaque être ou chaque action représentée, chaque parole inscrite ou prononcée au moment de la consécration, déterminait la puissance et le caractère. Chaque tableau était donc une amulette en même temps qu'un ornement. Tant qu'il durait, il assurait au dieu le bénéfice de l'hommage rendu ou du sacrifice accompli par le roi; il confirmait au roi, vivant ou mort, les grâces que le dieu lui avait accordées en récompense, il préservait contre la destruction le pan de mur sur lequel il était tracé. A la XVIIIe dynastie, on pensait qu'une ou deux amulettes de ce genre suffisaient à obtenir l'effet qu'on en attendait. Plus tard, on crut qu'on ne saurait trop en augmenter la quantité, et on en mit autant que la muraille pouvait en recevoir. Une chambre moyenne d'Edfou et de Dendérah fournit à l'étude plus de matériaux que la salle hypostyle de Karnak, et la chapelle d'Antonin à Philae, si elle avait été terminée, renfermerait autant de scènes que le sanctuaire de Louxor et le couloir qui l'enveloppe. En voyant la variété des sujets traités sur les murs d'un même temple, on est d'abord tenté de croire que la décoration ne forme pas un ensemble suivi d'un bout à l'autre, et que, si plusieurs séries sont, à n'en pas douter, le développement d'une seule idée historique ou dogmatique, d'autres sont jetées simplement à la file, sans aucun lien qui les rattache entre elles. A Louxor et au Ramesséum, chaque face de pylône est un champ de bataille, sur lequel on peut étudier presque jour à jour la lutte de Ramsès II contre les Khiti, en l'an V de son règne, le camp des Égyptiens attaqué de nuit, la maison du roi surprise pendant la marche, la défaite des barbares, leur fuite, la garnison de Qodshou sortie au secours des vaincus, les mésaventures du prince de Khiti et de ses généraux. Ailleurs la guerre n'est point représentée, mais le sacrifice humain qui marquait jadis la fin de chaque campagne: le roi saisit aux cheveux les prisonniers prosternés à ses pieds, et lève la massue comme pour écraser leurs têtes d'un seul coup. A Karnak, le long du mur extérieur, Séti Ier fait la chasse aux Bédouins du Sinaï. Ramsès III, à Médinét-Habou, détruit la flotte des peuples de la mer, ou reçoit les mains coupées des Libyens que ses soldats lui apportent en guise de trophées. Puis, sans transition, on aperçoit un tableau pacifique, où Pharaon verse à son père Amon une libation d'eau parfumée. Il semble qu'on ne puisse établir aucun lien entre ces scènes, et pourtant l'une est la conséquence nécessaire des autres. Si le dieu n'avait pas donné la victoire au roi, le roi à son tour n'aurait pas institué les cérémonies qui s'accomplissaient dans le temple. Le sculpteur a transporté les événements sur la muraille, dans l'ordre où ils s'étaient passés, la victoire, puis le sacrifice, le bienfait du dieu d'abord et les actions de grâces du roi. A y regarder de près, tout se suit, tout s'enchaîne de la même manière dans cette multitude d'épisodes. Tous les tableaux, et ceux-là dont la présence s'explique le moins au premier coup d'oeil, représentent les moments d'une action unique, qui commence à la porte et se déroule, à travers les salles, jusqu'au fond du sanctuaire. Le roi entre au temple. Dans les cours, le souvenir de ses victoires frappe partout ses regards; mais voici que le dieu sort à sa rencontre, caché dans une châsse et environné de prêtres. Les rites prescrits en pareil cas sont retracés sur les murs de l'hypostyle où ils s'exécutaient, puis roi et dieu prennent ensemble le chemin du sanctuaire. Arrivés à la porte qui donne accès de la partie publique dans la partie mystérieuse du temple, le cortège humain s'arrête, et le roi, franchissant le seuil, est accueilli par les dieux. Il fait l'un après l'autre tous les exercices religieux auxquels l'oblige la coutume; ses mérites s'accroissent par la vertu des prières, ses sens s'affinent, il prend place parmi les types divins, et pénètre enfin dans le sanctuaire, ou le dieu se révèle à lui sans témoin et lui parle face à face. La décoration reproduit fidèlement le progrès de cette présentation mystique: accueil bienveillant des divinités, gestes et offrandes du roi, les vêtements qu'il dépouille ou revêt successivement, les couronnes dont il se coiffe, les prières qu'il récite et les grâces qui lui sont conférées, tout est gravé sur les murs en ses lieu et place. Le roi et les rares personnes qui l'accompagnent ont le dos tourné à la porte d'entrée, la face tournée à la porte du fond. Les dieux au contraire, ceux du moins qui ne font point partie pour le moment de l'escorte royale, ont la face à la porte, le dos au sanctuaire. Si, au cours d'une cérémonie, le roi officiant venait à manquer de mémoire, il n'avait qu'à lever les yeux vers la muraille pour y trouver ce qu'il devait faire. Et ce n'est pas tout: chaque partie du temple avait son décor accessoire et son mobilier. La face extérieure des pylônes était garnie, non seulement des mâts à banderoles dont j'ai déjà parlé, mais de statues et d'obélisques. Les statues, au nombre de quatre ou de six, étaient en calcaire, en granit ou en grès. Elles représentaient toujours le roi fondateur et atteignaient parfois une taille prodigieuse. Les deux Memnon qui siégeaient à l'entrée de la chapelle d'Amenhotpou III, à Thèbes, mesurent environ seize mètres de haut. Le Ramsès II du Ramesséum a dix-sept mètres et demi, celui de Tanis vingt mètres au moins. Le plus grand nombre ne dépassait pas six mètres. Elles montaient la garde en avant du temple, la face au dehors, comme pour faire front à l'ennemi. Les obélisques de Karnak sont presque tous perdus au milieu des cours intérieures; même ceux de la reine Hatshopsitou ont été encastrés, jusqu'à cinq mètres au-dessus du sol, dans des massifs de maçonnerie qui en cachaient la base. Ce sont là des accidents faciles à expliquer. Chacun des pylônes qu'ils précèdent a été tour à tour la façade du temple, et ne s'est trouvé relégué aux derniers |
| plans que par les travaux successifs des Pharaons. La place réelle des obélisques est en avant des colosses, de chaque côté de la porte; ils ne vont jamais que par paire, de hauteur souvent inégale. On a prétendu reconnaître en eux l'emblème d'Amon-Générateur, un doigt de dieu, l'image d'un rayon de soleil. A dire le vrai, ils ne sont que la forme régularisée de ces pierres levées, qu'on plantait en commémoration des dieux et des morts chez les peuples à demi sauvages. Les tombes de la IVe dynastie en renferment déjà, qui n'ont guère plus d'un mètre, et sont placés à droite et à gauche de la stèle, c'est-à-dire de la porte qui conduit au logis du défunt; ils sont en calcaire et ne nous apprennent qu'un nom et des titres. A la porte des temples, ils sont en granit et prennent des dimensions considérables, 20m,75 à Héliopolis (Fig.105), 23m,59 et 23m,03 à Louxor. Le plus élevé de ceux que l'on possède aujourd'hui, celui de la reine Hatshopsitou à Karnak, monte jusqu'à 33m,20. Faire voyager des masses pareilles et les calibrer exactement était déjà chose difficile, et l'on a peine à comprendre comment les Égyptiens réussissaient à les dresser rien qu'avec des cordes et des caissons de sable. La reine Hatshopsitou se vante d'avoir taillé, transporté, érigé les siens en sept mois, et nous n'avons aucune raison de douter de sa parole. Les obélisques étaient presque tous établis sur plan carré, avec les faces légèrement convexes et une pente insensible de haut en bas. La base était d'un seul bloc carré, orné de légendes ou de cynocéphales en ronde bosse, adorant le soleil. La pointe était coupée en pyramidion et revêtue, par exception, de bronze ou de cuivre doré. Des scènes d'offrandes à Râ-Harmakhis, Hor, Atoum, Amon, sont gravées sur les pans du pyramidion et s'étagent à la partie supérieure du prisme; le plus souvent, les quatre faces verticales n'ont d'autre ornement que des inscriptions en lignes parallèles consacrées exclusivement à l'éloge du roi. Voilà l'obélisque ordinaire: on en rencontre çà et là d'un type différent. Celui de Bégig, au Fayoum (Fig.106), est sur plan rectangulaire et s'arrondit en pointe mousse. Une entaille, pratiquée au sommet, prouve qu'il se terminait par quelque emblème en métal, un épervier peut-être, comme l'obélisque représenté sur une stèle votive du Musée de Boulaq. Cette forme, qui dérive ainsi que la première de la pierre levée, dura jusqu'aux derniers jours de l'art égyptien: on la signale encore à Axoum, en pleine Éthiopie, vers le IVe siècle de notre ère, à une époque où l'on se contentait en Égypte de transporter les anciens obélisques, sans plus songer à en élever de nouveaux. Telle était la décoration accessoire du pylône. Les cours intérieures et les salles hypostyles renfermaient encore des colosses. Les uns, adossés à la face externe des piliers ou des murs, étaient à demi engagés dans la maçonnerie et bâtis par |
| assise; ils présentaient le roi, debout, muni des insignes d'Osiris. Les autres, placés à Louxor sous le péristyle, à Karnak des deux côtés de la travée centrale, entre chaque colonne, étaient aussi à |
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l'image du Pharaon, mais du
Pharaon triomphant et revêtu de son
costume d'apparat. Le droit de consacrer
une statue dans le temple était
avant tout un droit régalien; cependant
le roi permettait quelquefois à
des particuliers d'y dédier leurs statues
à côté des siennes. C'était alors
une grande faveur, et l'inscription de
ces monuments mentionne toujours
qu'ils ont été déposés par la grâce
du roi à la place qu'ils occupent. Si
rarement que ce privilège fût accordé
par le souverain, les statues votives
avaient fini par s'accumuler avec les
siècles, et les cours de certains temples
en étaient remplies. A Karnak, l'enceinte
du sanctuaire était garnie extérieurement
d'une sorte de banc épais,
construit à hauteur d'appui en façon
de socle allongé. C'est là que les statues étaient placées,
le dos au mur. Elles étaient accompagnées chacune
d'un bloc de pierre rectangulaire, muni sur l'un
des côtés d'une saillie creusée en gouttière: c'est ce
que l'on appelle la table d'offrandes (Fig.107). La face
supérieure en est évidée plus ou moins profondément et porte souvent en relief des pains, des cuisses de boeuf,
des vases à libations couchés à plat, et les autres objets
qu'on avait accoutumé de présenter aux morts ou aux
dieux. Celles du roi Amoni-Entouf-Amenemhâït, à
Boulaq, sont des blocs
de plus d'un mètre de
long, en grès rouge, dont
la face supérieure est
chargée de godets creusés
régulièrement; une
offrande particulière répondait
à chaque godet. Un culte était en effet attaché
aux statues, et les tables étaient de véritables autels, sur
lesquels on déposait, pendant le sacrifice, les portions
de la victime, les gâteaux, les fruits, les légumes. Le sanctuaire et les pièces qui l'environnent contenaient le matériel du culte. Les bases d'autel sont, les unes carrées et un peu massives, les autres polygonales ou cylindriques; plusieurs de ces dernières ressemblent assez à un petit canon pour que les Arabes leur en donnent le nom. Les plus anciennes sont de la Ve dynastie; la plus belle, déposée aujourd'hui à Boulaq, a été dédiée par Séti Ier. Le seul autel complet que je connaisse a été découvert à Menshiéh en 1884 (Fig.108). Il est en calcaire blanc, compact, poli comme le marbre, et a pour pied un cône très allongé, sans ornement qu'un tore d'environ dix centimètres |
| au-dessous du sommet. Un vaste bassin hémisphérique s'emboîte dans une entaille carrée, qui sert comme de gueule au canon. Les naos sont de petites chapelles de pierre ou de bois (Fig.109) où logeait en tout temps l'esprit, à certaines fêtes, le corps même du dieu. Les barques sacrées étaient bâties sur le modèle de la bari dans laquelle le soleil accomplissait sa course journalière. Un naos s'élevait au milieu, recouvert d'un voile qui ne permettait pas aux spectateurs de voir ce qu'il renfermait; |
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l'équipage était figuré, chaque dieu à son
poste de manoeuvre, les pilotes d'arrière au gouvernail,
la vigie à l'avant, le roi à genoux, devant la porte du
naos. Nous n'avons trouvé jusqu'à présent aucune des
statues qui servaient aux cérémonies du culte, mais
nous savons l'aspect qu'elles avaient, le rôle qu'elles
jouaient, les matières dont elles étaient composées. Elles étaient animées et avaient, outre leur corps de pierre, de métal, ou de bois, une âme enlevée par magie à l'âme de la divinité qu'elles représentaient. Elles parlaient, remuaient, agissaient, réellement et non par métaphore. Les derniers Ramessides n'entreprenaient rien sans les consulter; ils s'adressaient à elles, leur exposaient l'affaire, et, après chaque question, elles approuvaient en secouant la tête. Dans la stèle de Bakhtan, une statue de Khonsou impose quatre fois les mains sur la |
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nuque d'une autre statue, pour lui
transmettre le pouvoir de chasser les démons. La reine
Hatshopsitou envoya une escadre à la recherche des Pays
de l'Encens, après avoir conversé avec la statue d'Amon
dans l'ombre du sanctuaire. En théorie, l'âme divine était censée produire seule des miracles: dans la pratique, la parole et le mouvement étaient le résultat d'une fraude pieuse. Avenues interminables de sphinx, obélisques gigantesques, pylônes massifs, salles aux cent colonnes, chambres mystérieuses ou le jour ne pénétrait jamais, le temple égyptien tout entier était bâti pour servir de cachette à une poupée articulée, dont un prêtre agitait les fils. |
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CHAPITRE III LES TOMBEAUX Les Égyptiens composaient l'homme de plusieurs êtres différents, dont chacun avait ses fonctions et sa vie propre. C'était d'abord le corps, puis le double (ka), qui est le second exemplaire du corps en une matière moins dense que la matière corporelle, une projection colorée, mais aérienne de l'individu, le reproduisant trait pour trait, enfant, s'il s'agissait d'un enfant, femme s'il s'agissait d'une femme, homme s'il s'agissait d'un homme. Après le double venait l'âme (bi, baï), que l'imagination populaire se représentait sous la figure d'un oiseau, et après l'âme, le lumineux (khou), parcelle de flamme détachée du feu divin. Aucun de ces éléments n'était impérissable par nature; mais, livrés à eux-mêmes, ils n'auraient pas tardé à se dissoudre et l'homme à mourir une seconde fois, c'est-à-dire à tomber dans le néant. La piété des survivants avait trouvé le moyen d'empêcher qu'il en fût ainsi. Par l'embaumement, elle suspendait pour les siècles la décomposition des corps; par la prière et par l'offrande, elle sauvait le double, l'âme et le lumineux de la seconde mort, et elle leur procurait ce qui leur était nécessaire à prolonger leur existence. Le double ne quittait jamais le lieu où reposait la momie.L'âme et le lumineux s'en éloignaient pour suivre les dieux, mais y revenaient sans cesse, comme un voyageur qui rentre au logis après une absence. Le tombeau était donc une maison, la maison éternelle du mort, au prix de laquelle les maisons de cette terre sont des hôtelleries, et le plan sur lequel il était établi répondait fidèlement à la conception que l'on se faisait de l'autre vie. Il devait renfermer les appartements privés de l'âme, où nul vivant ne pouvait pénétrer sans sacrilège, passé le jour de l'enterrement, les salles d'audience du double, où les prêtres et les amis venaient apporter leurs souhaits et leurs offrandes, et, entre les deux, des couloirs plus ou moins longs. La manière dont ces trois parties étaient disposées variait beaucoup selon les époques, les localités, la nature du terrain, la condition et le caprice de chaque individu. Souvent les pièces accessibles au public étaient bâties au-dessus du sol et formaient un édifice isolé. Souvent encore, elles étaient creusées entièrement dans le flanc d'une montagne avec le reste du tombeau. Souvent enfin, le réduit où la momie reposait et le couloir étaient dans un endroit, tandis qu'elles s'élevaient au loin dans la plaine. Mais, si l'on remarque des variantes nombreuses dans les détails et dans le groupement des parties, le principe est toujours le même: la tombe est un logis, dont l'agencement doit favoriser le bien-être et assurer la perpétuité du mort. 1.--LES MASTABAS. Les tombes monumentales les plus anciennes sont toutes réunies dans la nécropole de Memphis, d'Abou-Roâsh à Dahshour, et appartiennent au type des mastabas. Le mastaba (Fig.110) est une construction quadrangulaire qu'on prendrait de loin pour une pyramide tronquée. Plusieurs ont 10 ou 12 mètres de haut, 50 mètres de façade, 25 mètres de profondeur; d'autres n'atteignent pas 3 mètres de hauteur et 5 mètres de largeur. Les faces sont inclinées symétriquement et le plus souvent |
| unies; parfois cependant les assises sont en retraite et forment presque gradins. Les matériaux employés sont la pierre ou la brique. La pierre est toujours le calcaire, débité en blocs, longs d'environ 0m,80 sur 0m,50 de hauteur et sur 0m,60 de profondeur. On rencontre trois sortes |
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de calcaire: pour les tombes soignées, le beau calcaire blanc de Tourah ou le calcaire
siliceux compact de Saqqarah; pour les tombes ordinaires,
le calcaire marneux de la montagne Libyque. Ce
dernier, mêlé à des couches minces de sel marin et
traversé par des filons de gypse cristallisé, est friable
à l'excès et prête peu à l'ornementation. La brique est
de deux espèces, et simplement séchée au soleil. La
plus ancienne, dont l'usage cesse vers la VIe dynastie,
est de petites dimensions (0m,22 x 0m,11 x 0m,14), d'aspect
jaunâtre, et ne renferme que du sable mêlé d'un peu
d'argile et de gravier; l'autre est de la terre mêlée de
paille, noire, compacte, moulée avec soin et d'assez
grand module (0m,38 x 0m,18 x 0m,14). La façon de la
maçonnerie interne n'est pas la même selon la nature des matériaux que l'architecte a employés. Neuf fois sur
dix, les mastabas en pierre n'ont d'appareil régulier
qu'à l'extérieur. Le noyau est en moellons grossièrement
équarris, en gravats, en fragments de calcaire,
rangés sommairement par couches horizontales, et
noyés dans de la terre délayée, ou même entassés au
hasard, sans mortier d'aucune sorte. Les mastabas en
briques sont presque toujours de construction homogène;
les parements extérieurs sont cimentés avec soin,
et les lits reliés à l'intérieur par du sable fin coulé
dans les interstices. La masse devait être orientée canoniquement,
les quatre faces aux quatre points cardinaux,
le plus grand axe dirigé du nord au sud; mais les maçons
ne se sont point préoccupés de trouver le nord
juste, et l'orientation est rarement exacte. A Gizéh, les
mastabas sont distribués selon un plan symétrique et rangés
le long de véritables rues; à Saqqarah, à Abousîr, à
Dahshour, ils s'élèvent en désordre à la surface du plateau,
espacés ou pressés par endroits. Le cimetière musulman
de Siout présente encore aujourd'hui une disposition
analogue à celle qu'on observe à Saqqarah, et
nous permet d'imaginer ce que pouvait être la nécropole
memphite dans les derniers temps de l'ancien Empire. Une plate-forme unie, non dallée, formée par la dernière couche du noyau, s'étend au sommet du cube en maçonnerie. Elle est semée de vases en terre cuite, enterrés presque à fleur de sol, nombreux au-dessus des vides intérieurs, rares partout ailleurs. Les murs sont nus. Les portes sont tournées vers l'est, quelquefois vers le nord ou vers le sud, jamais vers l'ouest. On en comptait deux, l'une réservée aux morts, l'autre accessible aux vivants; mais celle du mort n'était qu'une niche étroite et haute, ménagée dans la face est, à côté de l'angle nord-est, et au fond de laquelle étaient tracées des raies verticales, encadrant une baie fermée. Souvent même on supprimait ce simulacre d'entrée, et l'âme se tirait d'affaire comme elle pouvait. La porte des vivants avait plus ou moins d'importance, selon le plus ou moins de développement de la chambre à laquelle elle conduisait. |