La mission française avait pris une part importante aux travaux de M. de Morgan, mais employée par lui à des tâches secondaires, elle n'en tira pas de renom. M. Maspero en effet, forcé de surveiller les études qu'il avait entreprises pour son propre compte, avait renoncé à s'occuper d'elle pour le moment. C'étaient d'un côté son Histoire des peuples de l'Orient classique dont il avait donné une forme abrégée vingt ans auparavant et qui parut en livraisons de 1892 à 1900, de l'autre ce qu'il appela la Bibliothèque égyptologique. Il avait remarqué, au cours d'une carrière déjà longue, que la plupart des oeuvres écrites par les maîtres de l'Égyptologie, depuis Champollion, étaient comme perdues dans des livres tirés à petit nombre d'exemplaires, ou dans des revues et des journaux disparus depuis longtemps: il résolut donc d'aller les rechercher où elles étaient et de les réunir dans une collection accessible à tous. C'était rendre service aux jeunes, qui ne se trouveraient plus exposés à présenter comme neuves des idées déjà vieilles, et aux anciens, dont on pouvait ainsi saisir aisément le travail et apprécier à sa juste valeur l'influence exercée au développement de la science. Ajoutez à cela une collaboration régulière au Journal des Débats destinée à populariser l'historiographie ancienne de l'Orient; une partie des articles composés ainsi, non sans peine, a été réunie en volume vers 1907. Cependant l'assiduité ne faiblissait pas à l'École des hautes études et au Collège de France, dont MM. LACAU, MORET, Isidore LÉVY, le père DEIBER, l'abbé ERMONI, et vingt autres suivaient les cours. M. Mallet publiait son bel ouvrage sur les Premiers établissements des Grecs en Égypte. M. Chassinat achevait le premier volume de l'Édfou de Rochemonteix. M. Amélineau lançait l'un après l'autre ses Actes des Martyrs de l'Église copte, sa Morale égyptienne quinze siècles avant notre ère, études sur le papyrus de Boulaq N° 4, où il s'inspirait des remarques faites par M. Maspero à l'École des hautes études, son Essai sur l'Évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Égypte ancienne, et la première partie fort peu personnelle de son Histoire de la sépulture et des funérailles en Égypte. M. Loret composait sa Flore pharaonique. M. CHARDON amorçait son Dictionnaire démotique qu'il n'a point terminé. M. Legrain offrait comme thèse à l'École du Louvre le Livre des Transformations, et M. BOUDIER, les Vers égyptiens, métrique démotique, étude prosodique et phonétique des Poèmes satyriques, du Poème de Moschion et des papyrus à transcriptions grecques de Leyde et de Londres.
A cette époque, M. de Morgan étant retourné en Perse avec une Mission du Ministère français, M. Victor Loret le remplaça en Égypte à la direction du Service des antiquités (juillet 1897), et il se voua tout entier aux fouilles. Elles furent heureuses à Saqqarah, où il fit sortir des sables la pyramide ruinée d'une reine Apet de la VIe dynastie, puis, autour d'elle, plusieurs tombeaux qui formèrent comme une Pompéi égyptienne, et surtout à Thèbes où, de 1898 à 1899, il découvrit les hypogées de Thoutmôsis Ier, de Thoutmôsis III, de Maharpiriou et d'Aménôthès II, où étaient renfermées les momies de onze des Pharaons et des princesses des XVIIIe, XIXe et XXe dynasties, en réalité le complément de la trouvaille opérée dix-sept ans auparavant à Deir-el-Bahari. Malheureusement sa direction, si brillante par certains côtés, ne dura que deux années, et le Ier novembre 1899, M. Maspero se voyait renvoyé par le Ministère des Affaires étrangères de France à son ancien poste de directeur du Service des Antiquités. Il porta tous ses soins sur l'administration, divisa le territoire entre onze inspecteurs indigènes aux ordres de deux inspecteurs en chef européens, remit l'ordre dans les finances, réprima de son mieux les fouilles illicites des marchands, prépara dès 1902 une loi sur les antiquités, qui ne fut promulguée que le 12 juin 1912 et que le système des capitulations l'empêcha d'appliquer aux Européens, provoqua, en dépit d'une opposition acharnée, la création de musées locaux à Ismaîliah (1908), à Éléphantine (1912), à Tantah (1913), à Miniéh (1914) et surtout à Assiout (1911-1914), organisa la protection de la région des Oasis (1909), et de 1907 à 1910 arma contre la destruction les temples de la Nubie que menaçait l'élévation des eaux du Nil, produite par le barrage d'Assouan, Debôt, Taffah, Kalabchéh, Dandour, Gerf-Hussein, Ouady es-Séboua, Derr, Ibsamboul. D'autre part, se débarrassant de la tâche des fouilles sur les étrangers, il se chargea d'exécuter le déblaiement et la consolidation des principaux monuments de l'Égypte propre, Saqqarah, Abydos, el-Hibéh de la Grande Oasis, Dendérah, Assouan: il fit dégager à fond Karnak par M. Legrain, Gournah, Esnéh et Edfou par M. Barsanti, Deir-el-Médinéh par M. BARAIZE qui avait restauré déjà el-Hibéh. Les résultats de ses efforts sont consignés dans le Recueil de travaux, dans la Zeitschrift, dans les Comptes rendus de l'Institut égyptien, dans le Bulletin de l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, enfin dans les Annales du Service des Antiquités, fondées en 1899 par M. Loret et dont quatorze volumes ont paru de 1900 à 1915. Cette même période vit achever par ses soins le Kom-Ombo et les Fouilles à Dahchour de M. de Morgan, puis continuer le Musée égyptien, dont M. Grébaut avait émis quelques planches pour une première livraison en 1889, mais qui était demeuré suspendu ensuite jusqu'en 1900. Ces labeurs officiels n'arrêtèrent point les travaux personnels de M. Maspero; mais sans renoncer de collaborer à la Revue critique, il ne cessa pas d'éditer la Bibliothèque égyptologique qui compte aujourd'hui près de quarante volumes; il réunit dans trois livres différents intitulés Causeries d'Égypte (1906), Ruines et Souvenirs d'Égypte (1909) et Essais d'Art égyptien (1911), les articles de vulgarisation qu'il avait écrits pour le Journal des Débats, pour le Temps et pour diverses revues, inséra dans la Bibliothèque d'Étude des éditions critiques des Mémoires de Sinouhit (1908), de l'Hymne au Nil (1911) et des Instructions d'Amenemhait (1914), enfin composa pour la collection Ars una le traité Égypte (1912) où est exposée pour la première fois l'histoire complète de l'art égyptien, depuis ses origines jusqu'à sa disparition.
Presque en même temps que le Service des Antiquités, la Mission permanente du Caire avait changé de directeur, et, qui plus est, de condition. M. Bouriant, subordonné par ordre à M. de Morgan, puis à M. Loret, n'avait pas eu le loisir d'achever la préparation de son grand ouvrage sur Médinet-abou, ni de demander beaucoup d'activité à ses élèves; il avait pourtant déménagé la Mission de la Maison Karcher dans l'édifice que l'architecte Ambroise, BAUDRY lui avait bâti aux frais du gouvernement français, dans la rue Soliman-Pacha, près du nouveau Musée égyptien. En s'établissant ainsi chez elle, la Mission avait perdu son nom et modifié son statut: elle était devenue l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire et elle avait reçu la personnalité civile. Bouriant y ouvrit une imprimerie très modeste d'abord, mais au mois de septembre 1897, il fut frappé d'hémiplégie, et, après une sorte d'interrègne où Chassinat, alors membre de l'École, exerça ses fonctions, il fut mis à la retraite et Chassinat lui succéda comme directeur en 1898. Celui-ci par goût et par nécessité, développa fortement l'imprimerie et fit d'elle, pour la composition et pour le tirage hiéroglyphique, le premier atelier du monde. Il dirigea des fouilles importantes à el-Ghattah, près d'Abouroache, à Baouît, à Assiout, avec le concours des membres de l'Institut, GAUTHIER, GUILMANT, CLÉDAT, PIÉRON, GOMBERT, PALANQUE, BARRY, LESQUIER et des élèves de l'École d'Athènes détachés auprès de lui, JOUGUET et Gustave LEFEBVRE. Gombert périt malheureusement près de Tounah, mais les autres eurent le temps de mettre en ordre le résultat de leurs recherches. Palanque, élève diplômé de l'École des hautes études, y avait présenté comme thèse un ouvrage sur le Nil à l'époque pharaonique. Clédat publia de 1904 à 1906 le Monastère et la Nécropole de Baouît, GUILMANT, le Tombeau de Ramsès IX en 1907, MALLET, en 1909, le Kasr el-Agoûz, Chassinat avec Piéron et Gauthier (1906) les Fouilles d'El-Ghattah, et seul en 1910 le Mammisi d'Edfou. Joignez-y les Mémoires sur les fouilles de Licht, exécutées au temps de Bouriant par Gautier et JÉQUIER, les Monuments pour servir à l'histoire du Culte d'Atonou recueillis en 1893 par Bouriant, Legrain et Jéquier, mais mis au jour en 1903-1905 seulement, les travaux de Lacau, Fragments d'apocryphes coptes (1904), de DEIBER, Clément d'Alexandrie et l'Egypte (1904), de VERNIER sur la Bijouterie et la Joaillerie égyptiennes (1907), le Livre des Rois d'Egypte commencé par Gauthier en 1910 dont les trois volumes parus n'ont pas épuisé la matière, et vous aurez une idée de l'élan qu'il imprima à l'École dans le domaine égyptologique, car je n'ai pas à parler ici des publications entreprises dans les autres champs de l'orientalisme. La création du Bulletin de l'Institut français d'Archéologie orientale (1901), dont quatorze volumes sont là, fournit aux membres l'occasion de faire profiter le public de leurs recherches moindres, et celle de la Bibliothèque d'Étude (1908), dont six volumes sont déjà en vente, le moyen de préparer des éditions de manuscrits égyptiens ou coptes. Son activité fut ralentie vers 1905, 1906,1907 par une campagne delà presse française d'Egypte qui, ne comprenant pas le rôle que jouait notre Institut dans le pays, prétendit le dépouiller du terrain qu'il possédait au profit d'autres établissements. Pour le soustraire aux attaques, il dut le transporter au quartier lointain de Mounira, sur un terrain où il donna asile à l'École de Droit français. Il réussit à le faire dans des conditions très avantageuses, mais les soucis de l'opération et le trouble qu'elle jeta dans le recrutement arrêtèrent les fouilles importantes: le transfert dûment achevé, il envoya sa démission en janvier 1912 et fut remplacé en juillet suivant par M. Lacau, qui se consacra exclusivement aux fouilles et explora avec succès, en collaboration avec M. MONTET, la nécropole d'Abou-roache (1913-1914), par les soins de MM. DAUMAS et Jean MASPERO, les édifices de Baouît (1913), enfin en 1914, les koms d'Edfou par l'intermédiaire de MM. JOUGUET et COLLOMP (1914). L'impulsion donnée aux publications par M. Chassinat continua de s'exercer pleinement pendant ces deux années encore. Elles ont vu paraître: Chassinat et Palanque, une Campagne de fouilles dans la nécropole d'Assiout (1911); Gautier, le Livre des Rois d'Egypte (t. III, 1913); COUYAT et Montet, les Inscriptions de la vallée de Hammamat(1914): la plupart de ces travaux durent leur succès à la collaboration du Service des antiquités et de la Mission.
Nulle part cette collaboration ne se montra plus intime et plus bienfaisante que dans ce qui regarde le Musée du Caire: elle facilita grandement l'impression des ouvrages publiés par celui-ci, et celui-ci à son tour fournit aux membres de la Mission les matériaux d'innombrables ouvrages. Lorsque, du 13 février au 13 juillet 1902, M. Maspero transporta la collection égyptienne de Gizéh au Caire dans l'édifice construit spécialement au Kasr-en-Nil pour la recevoir, sa lourde tâche ne fut point terminée: il fallait classer les objets par ordre de matières et de dates, aménager les salles d'exposition et la bibliothèque, cataloguer les séries scientifiquement et faire connaître le sens des plus importantes au grand public, toutes choses assez difficiles car, si le plan général des bâtiments avait été dressé, à la suite d'un concours international, par l'architecte français Dourgnon, l'exécution qui en avait eu lieu de 1897 à 1902 avait été entachée de malfaçons telles que l'on dut refaire presque immédiatement, de 1907 à 1915, toutes les terrasses en ciment armé et, par conséquent, modifier sans cesse à l'intérieur la disposition des salles. Malgré ces remaniements perpétuels, M. Maspero crut de son devoir de donner au grand public un Guide du visiteur au Musée du Caire, qui, tout en faisant comprendre à celui-ci la nature, l'époque, la valeur historique, la signification civile ou religieuse des objets décrits, le préparerait à entendre et à goûter ce qu'il pourrait voir dans la haute Égypte: ce Guide, qui de 1902 à 1915 a eu quatre éditions françaises, cinq anglaises et une arabe, en tout environ quinze mille exemplaires, et dont M. Maspero a fait, selon l'idéal qu'il poursuivait, un traité d'archéologie illustré par les monuments qu'il avait sous les yeux, a été imprimé par l'Institut français d'archéologie. C'est ce dernier aussi qui pouvait seul exécuter dignement l'impression du Catalogue général des Antiquités égyptiennes du Musée du Caire, destiné aux érudits. Ce dernier avait été commencé du temps de M. de Morgan et de M. Loret, sur un plan un peu confus, par les soins d'une commission internationale de cinq membres que présidait un Allemand, M. Ludwig Borchardt. Arrivé trop tard pour remédier au désordre du plan, M. Maspero élargit du moins celui-ci, rompit peu à peu le cadre de la commission, et invita à participer à l'oeuvre tous les savants que leur bonne fortune amenait en Égypte; enfin, en 1900, il obtint du gouvernement égyptien les fonds nécessaires pour bien éditer ce catalogue. Depuis l'année 1900, jusqu'à nos jours, plus de soixante volumes ou fascicules munis largement de planches ont paru, dont la moitié environ sont dus à la plume de savants français et de membres de l'Institut archéologique. M. DARESSY, aujourd'hui secrétaire général du service, et dont l'oeuvre considérable avait été dispersée jusqu'alors dans des journaux scientifiques, Revue archéologique, Recueil de travaux, Bulletin de l'Institut égyptien, ouvrit la série en 1900, et la continua à quelques années d'intervalle par ses volumes de Dessins et de textes magiques, du Tombeau de Maherprâ et d'Aménophis II, des Momies royales de Deir-el-Baharî, des Figures de divinités égyptiennes. M. Lacau a publié les Cercueils du Moyen Empire (2 vol.), et le premier volume des Stèles de la XVIIIe dynastie; M. Moret, les Cercueils de la XXIIe dynastie (2 vol.); M. Gauthier, les Cercueils des prêtres de Mentou; M. Gaston Maspero, le premier volume des Sarcophages d'époque Saïte et Ptolémaïque; M. Vernier, deux livraisons de Bijoux et d'orfèvreries que M. Daressy achèvera; M. Bénédite, trois volumes sur les petits objets de toilette; M. Legrain, trois volumes sur les statues provenant du fonds découvert par lui dans la favissa de Karnak; M. Lefebvre, le Papyrus de Ménandre; M. Jean Maspero, les Papyrus byzantins, en trois volumes dont le dernier est sous presse; M. Chassinat, la Trouvaille des Grands-Prêtres d'Ammon de la XXIe dynastie, et d'autres sont prêts qui ont pour auteurs MM. MUNIER, Moret, Gauthier, Gaston Maspero. Je ne parle pas des collaborateurs étrangers, Reisner, Currelly, Elliot-Smith, et maint autre dont les presses de l'Institut ont eu également les volumes. La seconde des grandes oeuvres du Service égyptien, les Temples immergés de la Nubie en est sortie tout entière: Gaston Maspero, Rapports et Mémoires; Gauthier, Kalabchèh, Amada et Ouady es-Sébouâ; Roeder, de Débôt au Bab Kalabchéh et le premier volume de Dakkéh; Blackmann, Derr et Bigéh. Comme on le voit, ce ne sont pas les Français seuls qui tirent profit de l'imprimerie montée par la France auprès de l'Institut d'archéologie orientale.
Si, en présence des succès remportés à l'étranger, ceux qui ont été obtenus par les Égyptologues demeurés en France pâlissent un peu, ils n'en ont pas moins été fort appréciables pendant la période de temps qui s'est écoulée depuis 1909 jusqu'en 1914. M. Victor Loret, à Lyon, n'a pas publié beaucoup d'oeuvres originales, mais son excellent enseignement nous a procuré plusieurs bons élèves dont le dernier venu, M. Montet, s'est distingué à l'Institut du Caire. M. Lefébure, mort à Alger en 1908, n'a guère écrit dans ses dernières années qu'un petit nombre de mémoires d'histoire religieuse qui seront recueillis dans le dernier volume de ses Oeuvres, mais M. Georges FOUCART, professeur d'abord d'Histoire ancienne à la Faculté des lettres de Bordeaux (1898-1906), puis d'Histoire des religions à la Faculté d'Aix-Marseille, après avoir soutenu en 1898 une thèse remarquable sur l'Ordre lotiforme, et prodigué beaucoup d'articles tant à la Revue archéologique qu'au Sphinx dont il est un des directeurs depuis la mort de Karl Piehl, a risqué un livre fort hardi et fort discuté, Histoire des religions et méthode comparative, qui a eu rapidement deux éditions (1912, 1913): il est, depuis janvier 1915, directeur de l'Institut archéologique du Caire. Guieysse est mort en 1914, après avoir enseigné jusqu'au bout à l'École des hautes études, (section d'Histoire et de Philologie), et Moret y professe seul pour l'instant. Après avoir inséré plusieurs articles dans le Recueil de travaux, il avait choisi pour sujets de thèse l'histoire du roi Bocchoris qu'il écrivit en latin, De Bocchori rege, et le Caractère religieux de la royauté pharaonique (1902), adjoignant à ce dernier sujet comme complément le Rituel du culte divin journalier en Égypte (1902). Il y ajouta de nombreux articles dans le Recueil, entre autres des observations importantes sur les Donations et les contrats funéraires dans l'ancienne Égypte, et un catalogue très détaillé des monuments égyptiens du musée d'Aix-en-Provence; dans les Annales du musée Guimet, un catalogue de la partie égyptienne de ce musée (1908); enfin, dans le Journal asiatique, la première partie d'une critique dirigée contre les idées du commandant WEILL et intitulée Chartes d'immunité dans l'ancien Empire égyptien (1913). Entre temps, il a dissimulé dans la Revue de Paris et dans la Bibliothèque de vulgarisation, des articles destinés au grand public et qu'il a réunis en deux volumes sous les titres: Au temps des Pharaons (1904), Rois et Dieux d'Égypte (1911), et Mystères égyptiens. Son enseignement à l'École des hautes études a produit un élève, M. SOTTAS, qui, après quelques articles de moindre intérêt dans les Revues scientifiques, conçut en 1913 une thèse pour l'obtention du diplôme, la Préservation de la propriété funéraire dans l'ancienne Égypte; c'est le début le meilleur qui ait été fait dans notre science depuis très longtemps. Comme M. Sottas, M. Weill est officier de carrière. Il débuta en 1898 par un article inséré au Journal asiatique, article que sa compétence sur les questions militaires rendait spécialement intéressant, l'Art de la fortification dans la haute antiquité égyptienne. Il se voua ensuite à l'étude du Sinaï, et après avoir pris la presqu'île même pour sujet de sa thèse, qui ne parut qu'en 1908, il édita préalablement le Recueil des inscriptions égyptiennes du Sinaï (1904). Il avait réservé son autre thèse à la recherche et à la discussion approfondie des monuments se rapportant aux rois de la IIe et de la IIIe dynastie (1908), quand, après s'être attaché pendant une année (1905) aux fouilles de Flinders Petrie, il s'associa au jeune A. J. REINACH pour faire des fouilles au bord du Nil. Ils découvrirent ensemble à Coptos les premiers monuments connus de la VIIIe dynastie, et, tandis qu'A.-J. Reinach faisait le récit de leur campagne dans son Rapport sur les fouilles de Coptos (1909-1910), Weill publiait les Décrets royaux de l'ancien Empire égyptien, étude sur les décrets royaux trouvés à Coptos et sur les documents similaires d'autres provenances (1911), ouvrage qui, malgré ses fautes réelles et les critiques de Gardner en Angleterre, de Moret en France, de Kurt Sethe en Allemagne, demeure des plus suggestifs. C'est surtout dans les Annales du Service des Antiquités que Lefebvre a consigné ses notes tantôt grecques, tantôt hiéroglyphiques, sur les monuments par lui recueillis au cours de ses inspections. Montet a multiplié les petits mémoires au Recueil, dans le Sphinx et dans le Bulletin de l'Institut. Jean Maspero s'est livré à de curieuses investigations sur les sources coptes et arabes de l'histoire d'Égypte et a présenté une thèse pour le diplôme d'élève de l'École des hautes études sur l'Armée byzantine d'Égypte (1911)[1].
[Note 1: A l'heure où ces lignes sont écrites, MM. MONTET et LEFEBVRE sont aux armées; MM. SOTTAS et WEILL ont été blessés au feu, le premier très grièvement; M. A. J. REINACH a disparu depuis le mois d'août 1914; M. Jean MASPERO est tombé à Vauquois, le 17 février 1915, et le dessinateur de l'Institut d'archéologie, M. DAUMAS, a été tué à l'ennemi dès les premières rencontres de 1914 en Lorraine. L'Égyptologie, sous toutes ses formes, a payé largement son tribut à la patrie.]
C'est également à l'Egypte des derniers siècles que Jouguet, Lesquier et Gayet ont consacré, au moins en partie, leurs travaux. Jouguet en écrivant sa thèse sur la Vie municipale en Égypte (1910); Lesquier par ses recherches sur l'Armée ptolémaïque (1911) et sur l'armée romaine d'Egypte, auxquelles il a ajouté en 1914 un essai plus bizarre qu'heureux de Grammaire égyptienne; Gavel par l'Exploration des ruines d'Antinoé (1896), différentes notices sur les fouilles de cette même ville de 1898 à 1914. l'Art copte (1906), et de nombreuses brochures écrites un peu au hasard. Notons, en terminant, les deux ouvrages où M. Virey a résumé en 1909 la matière des leçons qu'il avait faites avec beaucoup de vigueur et d'impartialité à l'Université catholique de Paris sur la Religion égyptienne et où M. Jules BAILLET a exposé en détail vers 1912 ses idées sur la Morale.
Telle est dans ses grandes lignes l'histoire du développement qu'a suivi, depuis l'Exposition universelle de 1867, l'Égyptologie française. Si l'on reprend un à un tous les hommes qui tenaient la scène au début de cette période, E. de Rougé, Chabas, Devéria, Mariette, on verra qu'ils sont morts ainsi qu'une partie de ceux qui les ont suivis. Berend, Rochemonteix, Bouriant, Lefébure, Revillout, Guieysse, Grébaut, Amélineau. Jacques de Rougé, Pierret, Auguste Baillet ne produisent plus guère. Gaston Maspero continue à travailler et à professer, mais l'âge de la retraite ne tardera pas à sonner pour lui. Malgré le dédain que beaucoup d'étrangers, qui n'ont fait ni plus ni mieux, affectent pour elle et pour une partie de son oeuvre, cette génération qui s'en va peut se rendre le témoignage qu'elle n'a point laissé péricliter l'oeuvre de Champollion. En France, elle a enseigné sans relâche au Collège de France, à l'École des hautes études, au Louvre; elle a obtenu la création de chaires qui n'ont pas été toutes conservées, à Lyon, à Alger, à Bordeaux, à Aix-Marseille; elle a recueilli l'oeuvre de ses devanciers et elle a préparé celle de ses successeurs. En Égypte, elle a organisé le Service des antiquités et elle a si bien assuré la protection de celles-ci que toutes les nations européennes, et même l'Allemagne, ont dû lui reconnaître de ce chef un véritable droit de préséance; et si, plus tard, pour des raisons de politique, elle est amenée à y renoncer, elle a créé au Caire une grande École qui est en état d'y perpétuer la tradition des recherches purement scientifiques. J'espère que, malgré les pertes cruelles qu'elle subit du fait de la guerre, la génération actuelle, la troisième depuis 1867, ne faillira pas à maintenir de toutes ses forces l'édifice que la deuxième a bâti: elle est jeune, pleine d'ardeur, animée d'un puissant esprit de critique, prête à tout entreprendre, et, lorsqu'elle pourra se réappliquer au travail, elle le fera avec les qualités d'énergie et de maturité qu'une crise aussi forte que celle qu'elle traverse en ce moment ne peut manquer de lui donner.
G. MASPERO.
BIBLIOGRAPHIE