Ce n’étoit pas une petite entreprise de dire des choses nouvelles sur un sujet que Montesquieu venoit de traiter, ni une gloire médiocre pour l’auteur, de se faire lire après ce grand homme, comme ce ne seroit pas un médiocre éloge pour un peintre, quel qu’il fût, d’attirer encore les regards près d’un tableau de Raphaël, de Michel-Ange ou de David.

5o. Principes des négociations.

Un volume, la Haye, 1757.

(Il y en a une seconde édition de 1767.)

..... Humanis quæ sit fiducia rebus

Admonet.

Virgile.

([Page 12] de l’Éloge.) Cet ouvrage de Mably est proprement une introduction à son droit public de l’Europe; c’est la connoissance et l’exposé des vrais principes par lesquels doivent se conduire les nations à l’égard les unes des autres, pour entretenir entr’elles la concorde et la paix.

Une chose sur laquelle nous n’avons pas assez insisté dans l’éloge, c’est le courage avec lequel l’auteur s’élève contre ces traités, ouvrage de la mauvaise foi, où, par des équivoques et des obscurités affectées, on se ménage des prétextes de rompre à la première occasion. Il démontre qu’un traité cauteleux est une semence de discorde et de haine; qu’il peut procurer un succès passager, mais qu’il rend à jamais odieux, et traîne après soi des craintes et des inquiétudes qui empoisonnent les jouissances de l’ambition; il fait voir que la fourberie a ses revers, et la mauvaise foi ses remords.

S’exprimer clairement et franchement dans un traité, c’est souvent prévenir une guerre; et le temps n’est pas loin que des articles obscurs et louches ont été un flambeau de discorde qui a incendié les deux mondes. Il proscrit également les traités secrets qui ne sont que de misérables palliatifs qu’on met à la hâte sur les plaies de l’état, et qui se changent en poisons: d’un autre côté, dicter des conditions injustes ou trop dures, c’est inviter à les enfreindre; et la seule base sur laquelle une puissance victorieuse puisse asseoir une paix durable, c’est la bonne foi, la justice, et la modération qui désarme les haines et sait gagner les cœurs. Cette politique n’est pas tout-à-fait celle que prêche Machiavel, mais c’est celle qu’a professée Mably; et l’expérience démontre que c’est encore la plus sûre et la plus utile.