Son traité de l’étude de l’histoire avoit d’abord été imprimé dans le cours d’études de l’abbé de Condillac son frère; il a été fait pour l’instruction du jeune prince, devenu duc de Parme et de Plaisance, en 1765.

Mably lui adresse la parole, comme Bossuet, dans l’Histoire Universelle, au grand dauphin. Le commencement en est admirable: Voulez-vous être un grand homme, lui dit-il, oubliez que vous êtes prince? &c. &c. Sans prétendre en aucune façon comparer la hauteur du génie et l’éloquence entraînante et sublime de l’aigle de Meaux à la sagesse de l’écrivain moderne, nous oserions dire que l’écrit du dernier, s’il étoit bien médité, est plus propre encore à former un prince à ses devoirs, à lui inspirer les sentimens de justice, à le prémunir contre l’empire des passions, et sur-tout à lui enseigner la route qu’il faut suivre pour faire le bonheur de ses peuples, que le chef-d’œuvre de l’éloquence française.

Il nous seroit facile de justifier par des citations tous les éloges que nous avons faits de ce traité; mais nous aimons mieux espérer qu’enfin on le lira: d’ailleurs ces notes sont déjà trop longues. Un écrivain qui paroît avoir beaucoup médité sur ces matières, dit, en parlant de ce livre de l’étude de l’histoire: «Nous croyons que la première partie de ce petit ouvrage est ce que M. l’abbé de Mably a jamais imprimé de plus neuf et de plus utile.» (Jugement sur l’ouvrage de Pierre Chabrit, par M. Garat.)

12o. De la manière d’écrire l’histoire.

Un volume, 1775.

([Page 70] de l’Éloge.) A l’exception des jugemens, sans doute trop sévères et même, nous osons le dire, injustes à plusieurs égards, que Mably a portés contre Voltaire et l’illustre Robertson, nous pourrions peut-être le justifier avec avantage sur tous les reproches qu’on lui a faits; mais par de justes égards que nous croyons devoir à l’homme de lettres estimable d’ailleurs, et qui, trop jeune encore, s’est laissé emporter à l’impulsion du moment, ou à des impressions étrangères, et que son zèle a égaré en l’attaquant, nous nous interdirons toute discussion sur cette querelle. Nous pensons qu’on ne sauroit faire trop de sacrifices au bien de la paix et à l’honneur des lettres. Seulement qu’il nous soit permis d’opposer aux détracteurs de l’abbé de Mably, s’il en étoit encore, un suffrage qui vaut mieux que le nôtre, et dont on peut être orgueilleux. Mably n’avoit encore fait ni les entretiens de Phocion, ni les observations sur l’histoire de France, ni le gouvernement de Pologne, ni les principes des lois, ni ceux de morale, ni l’étude de l’histoire, qu’il étoit déjà cité par un écrivain, après Fénélon, l’abbé de Saint-Pierre, Montesquieu, l’ami des hommes, &c. au nombre des bons Français et des gens éclairés, qui n’ont pas craint de dire des vérités utiles, et de dévoiler les fautes de la législation; et cet écrivain c’est Jean-Jacques. Voyez sa réponse à un écrit anonyme, à la suite de sa lettre à d’Alembert sur les spectacles.

13o. Principes de morale.

Un volume, 1784.

([Page 68] de l’Éloge.) Ce livre n’a pas excité moins d’orages que le précédent: le même motif du bien de la paix nous engage au même silence.

Le grand Condé, arrachant quelques feuillets de son histoire où l’on racontoit ses exploits contre son pays, est l’image de ce que je voudrois faire pour l’auteur de cet excellent écrit. Je le représenterois, par égard pour les esprits timides, arrachant quelques pages de ces principes de morale, et je croirois par ce sacrifice avoir acquis le droit de dire tout le bien que j’en pense.