— Le premier, reprit le salteador, a déjà depuis longtemps fait toutes les pénitences nécessaires pour son arriéré, et ses promenades à genoux n’avaient pour but que de le mettre un peu en avance. Quant au Santucho, c’est une spéculation lucrative pour lui d’expier les péchés des autres, ce qui fait qu’il a beaucoup de besogne. Vous trouverez bon, j’espère, que je prenne les mesures nécessaires pour faire mettre en liberté deux pénitents aussi recommandables.

— Certainement ! s’écria l’alcade ; je l’aurai même pour très-agréable.

— Quant à vous, seigneur cavalier, reprit le proscrit, si vous voulez bien recourir à ma protection, je pourrai faire aussi quelque chose pour votre compatriote.

Converti par l’exemple de l’alcade, je crus devoir répondre à cette offre par une courtoise inclination de tête.

— A une condition cependant ; cet élargissement vous coûtera cent piastres. C’est à prendre ou à laisser, vous y réfléchirez. C’est le prix d’un voyage vers l’assesseur ; si ce prix vous convient, vous n’aurez qu’à venir me trouver ce soir à dix heures pour me donner votre réponse.

Je ne crus pas devoir accepter tout de suite, et je promis à mon redoutable protecteur de l’aller trouver à l’adresse qu’il m’indiqua, si je me décidais à faire ce sacrifice. Le proscrit se retira presque aussitôt.

— C’est un grand seigneur ? demandai-je alors à l’alcade, espérant obtenir quelques renseignements sur la position nouvelle du fugitif de Tubac.

— C’est un marchand de bestiaux, reprit l’alcade à haute voix. Puis, au bout de quelques minutes de silence :

— C’est un chef de bande par occasion, reprit-il à voix basse.

— Un chef de bande de quoi ?