Sur les pierres et les rocs
Nous gagnerons notre liberté.
La vie pour nous n'est que mensonge,
Comme mensonge est notre esclavage.
Comment pouvez-vous laisser l'Albanie
Sans liberté?
Tel est ce chant, dont j'essaie de reproduire aussi fidèlement que possible le tour et la noble allure; de ses quatre strophes, la seconde sert de refrain et chaque couplet se termine ainsi sur le cri farouche: Mort ou Liberté!
L'écho de la vallée vient de le redire pour la troisième fois; sur cette note dernière le chant mélancolique s'est terminé; le silence et le calme se sont faits plus grands encore s'il est possible autour de la tékié; le vent est tombé et pas une branche ne bouge; les acacias et les lauriers remplissent l'air de leur senteur; les derniers rayons du soleil dorent un berceau de vignes au bord de la terrasse; voici l'heure du départ; le crépuscule est court et il faut être à El-Bassam avant la nuit; mais avant de regagner la ville avec mes compagnons, je me fais, selon l'usage, ouvrir la porte du tombeau et je dépose, d'après la coutume albanaise, l'obole de l'hôte, les pièces de cuivre dans un tronc aménagé dans le mur, et les pièces d'argent sur le bois même du cercueil.
Et comme les moines expriment leurs voeux de longue et heureuse vie au «Franc» venu d'au delà des mers pour voir ses cousins d'Albanie, je leur souhaite un nouveau Scanderbeg qui ressuscite tout ce que j'ai vu en eux d'aspiration, de sentiment et d'idéal pendant ces heures passées à la tékié des Becktachi.