[[3]] C'est le judéo-espagnol, avec l'alphabet Rachi, ainsi appelé des trois premières lettres du nom de son fondateur au XVe siècle: Ribbi Chelomon Israch.

[[4]] Les Donmehs sont des judéo-espagnols presque tous de Salonique, Andrinople et Monastir, disciples de Shabbethaï-Zebi, qui se convertit à l'islamisme à la fin du XVIIe siècle; ils forment, paraît-il, une secte musulmane d'une dizaine de mille âmes, dont les adeptes ne se marieraient qu'entre eux.


CHAPITRE VIII

LES MARCHES ALBANAISES DE L'EST: DE MONASTIR A USKUB

De Monastir à Krchevo || L'organisation bulgare à Krchevo || De Krchevo à Gostivar || L'infiltration albanaise || La montagne Bukova et son plateau || Les villages albanais || Kalkandelem || La grande tékié de Becktachi || De Kalkandelem à Uskub || La plaine d'Uskub || Les tchiflick albanais de Bardoftza et de Tatalidza || Uskub et son histoire récente || La tragédie balkanique et les Albanais.

De Monastir, deux routes mènent à Uskub: la route de l'Est, continuellement carrossable, traverse la plaine de Pirlep et la Macédoine centrale; la route de l'Ouest se détache de la précédente, quelques kilomètres après la sortie de la ville, et remonte bientôt la vallée de la Semnica, puis s'enfonce dans un pays de collines désolées et pierreuses qui atteignent de 1200 à 1400 mètres entre Monastir et Krchevo et jusqu'à 1500 mètres après cette dernière bourgade. L'itinéraire par la montagne, s'il est plus difficile à suivre, offre le grand intérêt de couper des régions où Albanais, Turcs, Bulgares et Serbes se disputent le sol.

Il ne faut pas moins de treize heures sans arrêt pour franchir en voiture la distance qui sépare Monastir du premier centre important, Krchevo. Dès l'aube, mon cocher me presse de partir; à trois heures du matin, il fouette les trois chevaux qui vont accomplir cette randonnée et les pousse au galop sur la large route qui remonte droite vers le nord. Comme le soleil apparaît à l'orient, nous croisons un peloton de soldats turcs, dits «chasseurs de bandes», commandés par deux officiers à cheval; habillés de toile kaki imperméable, bien chaussés, marchant d'un pas élastique et en bel ordre, le peloton a vraiment bon air; il présente l'aspect d'hommes entrâmes, conduits par des officiers qui les tiennent en main.