[70: On a dit que Michelet avait commencé, comme Victor Hugo, par être royaliste fervent. Cela est inexact. On en trouvera la preuve dans notre premier appendice sur le Journal intime de Michelet. Il appartenait à l'école libérale de la Restauration, tout en se défiant plus qu'elle du bonapartisme. Il admirait l'empereur, mais se souvenait qu'il avait ruiné son père et la France. Il évita longtemps de rien écrire sur Napoléon, se sentant trop partial contre lui. Quand, à la fin de sa vie, il entreprit l'histoire de Bonaparte, on a vu la force de ses ressentiments. Ce qui a fait croire au royalisme de Michelet, c'est qu'il donna des leçons à la fille du duc de Berry, plus tard duchesse de Parme, alors âgée de huit ans, et ressentit pour elle une tendresse dont il aima toujours à se souvenir. «Elle a ému mes entrailles de père», disait-il.—Il avait d'ailleurs un sens historique trop profond pour s'associer aux étroitesses intellectuelles des hommes de parti. Les dernières paroles qu'il a prononcées avant de mourir en sont un curieux témoignage. Sortant d'une demi-torpeur, il dit tout à coup: «On eût dû faire manger à Henri V des cœurs de lion.—Pourquoi? lui demanda-t-on.—Parce qu'il aurait eu le tempérament plus militaire.» Sans vouloir attacher un sens trop précis à ces paroles, ne semble-t-il pas que Michelet ait eu à ce moment le sentiment que la faiblesse de la France contemporaine vient de la rupture de toutes ses traditions historiques? N'a-t-il pas éprouvé un vague regret, regret d'historien et d'ami de la vieille France, en pensant qu'Henri V eût pu peut-être renouer ces traditions, s'il avait été capable de comprendre les aspirations légitimes et les besoins du monde moderne?]

[71: Sa plus vive admiration était Virgile. «Je suis né, disait-il, de Virgile et de Vico.» Il méditait un commentaire sur Virgile. Il fit en 1841 un voyage en Lombardie pour voir les lieux où Virgile a vécu et qu'il a chantés. Nous trouvons dans le Peuple un témoignage éloquent de cette prédilection pour Virgile, prédilection du cœur plus encore que de l'esprit: «Tendre et profond Virgile! moi qui ai été nourri par lui et comme sur ses genoux, je suis heureux que cette gloire unique lui revienne, la gloire de la pitié et de l'excellence du cœur… (Michelet vient de parler des beaux vers de Virgile sur le bœuf de labour, et des vers à Gallus: nec te pœniteat pecoris). Ce paysan de Mantoue, avec sa timidité de vierge et ses longs cheveux rustiques, c'est pourtant, sans qu'il l'ait su, le vrai pontife et l'augure, entre deux mondes, entre deux âges, à moitié chemin de l'histoire. Indien par sa tendresse pour la nature, chrétien par son amour de l'homme, il reconstitue, cet homme simple, dans son cœur immense, la belle cité universelle dont rien n'est exclu qui ait vie, tandis que chacun n'y veut faire entrer que les siens». P. 232. Voyez aussi dans le Banquet, l'admirable chapitre sur Virgile.]

[72: Le Peuple, page 228.]

[73: Il fut ce bon maître pour plus d'un. Il avait toujours avec lui des oiseaux, il les emmenait en voyage. Il y avait un pinson surtout à qui toute la maison obéissait.]

[74: L'Oiseau, page 57.]

[75: Bible de l'humanité, page 486.]

[76: «L'empereur Nicolas, disait-il, suffirait pour me faire croire à la vie future.»]

[77: Il eut pourtant vers dix-huit ans une période de mysticisme et de foi; n'ayant pas reçu le baptême dans son enfance, il se fit volontairement baptiser en 1816. Mais, dans ses premiers écrits, on voit que, s'il conserve du respect pour l'Église, il n'a plus la foi. Sa foi même n'a jamais été précise. Elle était plus mystique et sentimentale que dogmatique. Les dogmes n'ont jamais été pour lui que des symboles. (Voyez l'appendice).]

[78: Mémoires de Luther, préface.]

[79: Page 361.]