[80] J’y vis aussi Salmonée qui soufroit d’étranges peines pour avoir imité les flammes de Jupiter Olympien, & pour avoir contrefait le bruit de ses foudres.

Psaphon, qui n’estoit pas moins ambitieux que le precedent, nourrissoit grande quantité de Pies, Merles, Jais, Perroquets & autres oiseaux semblables, & aprés leur avoir bien appris à prononcer ces paroles, Psaphon est Dieu, il les mettoit en liberté, afin que ceux qui entendoient tant & de si extraordinaires témoins de sa divinité, fussent plus facilement portez à la croire. Ainsi Heraclides le Pontique avoit commandé à un de ses plus affidez serviteurs, de cacher sous ses vestemens aprés qu’il seroit decedé, une grande Couleuvre, qu’il nourrissoit dés long-temps auparavant à ce dessein, afin que cet animal éveillé par le bruit que l’on feroit, portant son corps en terre, s’élançast au milieu des pleureurs, & donnast sujet à la populace de croire, que Heraclite avoit esté deïfié. Pour Empedocle il y proceda avec plus de courage & de generosité, comme il estoit bien-seant à un Philosophe ; car estant assez âgé & comblé de gloire & d’honneur, il se precipita volontairement dans les souspiraux & volcans du mont Ætna en Sicile, pour faire croire son ravissement au Ciel, ne plus ne moins que Romulus établit l’opinion du sien, en se noyant dans les Marests des Chevres,

[81]Deus immortalis haberi

Dum cupit Empedocles, ardentem frigidus Æthnam

Insiluit.

(Horat. de arte Poët.)

[81] Empedocle, voulant qu’on le tinst pour un Dieu immortel, se jetta froidement dans les flammes du mont Ætna.

Les Athées, qui trouvent à glosser sur tous les passages de la sainte Ecriture, tiennent que celuy-cy du Deuteronome, (cap. 34.) [82]non cognovit homo sepulchrum ejus usque in præsentem Diem, se doit entendre de la même sorte, & que Moyse s’ensevelit en quelque precipice ou abysme, pour estre puis aprés élevé dans les cieux par les Israëlites ; au lieu qu’ils devroient plûtost croire, & demeurer d’accord avec les Chrestiens, qu’il cacha veritablement son corps, pour empescher les Juifs de l’idolatrer aprés sa mort, connoissant fort bien qu’ils estoient portez non moins de leur naturel, que par la hantise qu’ils avoient eu avec les Egyptiens, à adorer tous ceux desquels ils avoient receu quelque bien, ou de qui ils croyoient que la vertu estoit singuliere & extraordinaire. L’on peut faire encore le même jugement de ce que Diogenes Laërce rapporte de la Cuisse d’or de Pythagore, puis que Plutarque en la vie de Numa dit ouvertement que ce fut une feinte & stratageme de ce Philosophe, pour établir aussi-bien que les autres l’opinion de sa divinité. Mais ce que fit Hercules fut beaucoup plus ingenieux ; car estant fort versé en Astrologie, témoin les Fables de sa vie qui luy font porter le Ciel avec Atlas, il choisit justement l’heure & le temps de l’apparition d’une grande Comete, pour se mettre sur le bucher ardant, où il vouloit finir ses jours, afin que ce nouveau feu du Ciel assistast comme témoin, & fist croire de luy ce que les Romains par aprés vouloient persuader de leurs Empereurs, au moyen de l’aigle qui s’envoloit du milieu des flammes, comme pour porter l’ame du defunct entre les bras de Jupiter. Beaucoup d’autres, qui estoient plus modestes & retenus en leurs desseins, se sont contentez de nous donner à connoistre le soin que les Dieux prenoient de leurs personnes, par la continuelle assistance de quelque Genie, ou particuliere divinité ; comme firent entre les Anciens Socrate, Plotin, Porphyre, Brutus, Sylla, & Apollonius, pour ne rien dire de tous les Legislateurs ; & parmy les modernes Pic de la Mirandole, Cecco d’Ascoli, Hermolaus, Savonarole, Niphus, Postel, Cardan, & Campanelle, qui se vantent tous d’en avoir eu & de leur avoir parlé, sans toutefois qu’on les puisse accuser d’avoir pratiqué les ceremonies Theurgiques, du livre faussement attribué à Virgile [83]de videndo Genio ; ou les mentionnées par Arbatel dans je ne sçay quel fatras de semblables Livres, que l’on a grand tort de publier sous le nom d’Agrippa. Aussi pour moy j’aimerois beaucoup mieux établir la verité de ces Histoires, sur la merveilleuse force des contractions d’esprit fort bien expliquées par Marsile Ficin & Jordanus Brunus, desquels aussi Palingenius en trois ou quatre endroits de son Zodiaque ne semble pas se beaucoup éloigner. Si nous n’aimons encore mieux dire que tous ces Messieurs ont joüé de l’imposture, & ont voulu imiter les fables de Numa, Zamolxis, & Minos, ou plustost celles que les Rabins & Cabalistes (Reuchlin. libr. de Cabala.) ont plaisamment forgées sur les Patriarches du Vieil Testament, & nous voulant faire croire de bonne foy, qu’Adam avoit esté gouverné par son Ange Raziel, Sem par Jophiel, Abraham par Frza-d-Kiel, Isaac par Raphaël, Jacob par Piel, & Moyse par Mittaron,

[84]Sed credat Judæus apella,

Non ego.