140. La Bibliothèque ne dispose pour ses reliures que de crédits tout à fait insuffisants[239]. Depuis une vingtaine d'années, faute de fonds, un nombre considérable d'in-folio et d'in-quarto sont restés en souffrance. Cet arriéré menace de s'accroître dans une proportion effrayante et très embarrassante pour l'avenir. Il va de soi que, sauf de rares exceptions, on a renoncé depuis longtemps aux reliures pleines, telles que les demanderaient les anciennes traditions de la Bibliothèque: du moins serait-il désirable que l'on pût multiplier le nombre des demi-reliures en maroquin; mais il faut se contenter plus souvent de demi-reliures en parchemin ou même de simples cartonnages avec dos de percaline ou de papier. Il faut encore laisser à l'état de brochure, voire de paquet, une masse énorme de publications dont beaucoup mériteraient un meilleur traitement et, dans un avenir prochain, seront fatalement détériorées[240]. Néanmoins, grâce à l'éclatante supériorité dont a joui de tout temps la France dans l'art de la reliure, les collections de la Bibliothèque en possèdent les plus beaux spécimens connus; ils sont exposés, sous vitrines, dans les salles du musée installé au premier étage (Voir infrà, nos [187] et [189]).
§ 7. — Classement et Catalogues.
141. Département des imprimés. — On a toujours conservé à la Bibliothèque nationale la classification bibliographique adoptée par Clément, en 1682. Moins rationnelle que celle de Brunet, elle offre cependant un cadre complet en 30 grandes divisions dans lesquelles toutes les matières ont tant bien que mal trouvé place. Quelles que soient d'ailleurs ses défectuosités, toute modification à ses dispositions essentielles aurait pour résultat d'introduire dans la Bibliothèque une confusion inextricable[241].
142. Les anciens inventaires manuscrits et même les six volumes in-folio du Catalogue des imprimés, publiés de 1739 à 1753, n'ont aujourd'hui qu'un intérêt historique. Les grands travaux de publication des catalogues qui se poursuivent actuellement à la Bibliothèque ne remontent guère qu'à trente ans. La commission de 1850, par l'organe de son rapporteur, le comte Beugnot, s'étant prononcée pour le système méthodique, il fut décidé que l'impression commencerait aussitôt que le classement d'une des sections aurait été terminé. On promettait dès lors, à bref délai, «le recueil bibliographique le plus riche et le plus utile qui eût jamais été composé». Il serait oiseux de rechercher si un catalogue alphabétique n'eût pas été préférable: le British Muséum, qui avait adopté ce système vers la même époque[242], possède aujourd'hui un catalogue complet de ses imprimés, qui forme environ 2,000 volumes autographiés[243]. Les catalogues alphabétiques engendrent nécessairement un nombre considérable de volumes et il en faudrait plus de 3,500 pour inventorier sur ce plan la Bibliothèque nationale. Il est vrai qu'on les peut tenir au courant avec plus de facilité et qu'il n'est pas besoin d'être initié à leur méthode pour y faire une recherche. Du moins, le catalogue méthodique a le privilège d'être peu volumineux. Notre histoire de France est inventoriée ainsi en treize volumes qui comprennent le cinquième environ de la totalité des imprimés. Ce catalogue dans lequel on pourrait, il est vrai, signaler de trop nombreuses imperfections, offre encore l'avantage d'être utile aux érudits, en dehors de la Bibliothèque même, à titre de bibliographie.
143. La commission avait estimé que l'ensemble du travail n'exigerait pas plus de douze ans et comporterait de 65 à 72 volumes. Sous le rapport de la durée, le mécompte a été grand. L'administrateur, M. Taschereau, a dû lutter contre de vives résistances qui ne tendaient à rien moins qu'à rendre interminable et à compliquer indéfiniment l'œuvre entreprise[244]. De vives critiques, dont plusieurs très justifiées, ont été formulées contre les catalogues publiés. Nous n'avons pas à les reproduire; l'administration actuelle de la Bibliothèque ne peut que se conformer au plan primitivement adopté, sous peine d'y introduire plus de désordre. On a commencé l'inventaire général en suivant l'ordre du classement, soit par la série A, et voici comment on a procédé dans chaque série: chaque ouvrage, pourvu d'un numéro indicatif, est représenté par une carte collée sur un registre dans l'ordre où les volumes sont placés sur les rayons. Chaque article est autographié à cinq ou six épreuves sur des bandes détachées, que l'on range, les unes alphabétiquement, les autres méthodiquement, et l'on obtient ainsi un double catalogue, par noms d'auteurs et par matières.
144. Afin de satisfaire aux pressantes réclamations du public, on avait décidé de commencer l'impression dès qu'une section serait inventoriée; système évidemment mauvais, parce qu'il supposait un classement général préalable et irréprochable, tandis que celui existant laissait fort à désirer. Les premières séries annoncées étaient les séries L (Histoire de France), N (Histoire d'Angleterre) et T (Médecine). — Il était naturel que les publications relatives à notre histoire nationale tinssent le premier rang dans cette bibliographie.
On arrêta la division suivante:
| L. HISTOIRE DE FRANCE | NOMBRE des sections | NOMBRE des cotes principales | |
| I. | Préliminaires et généralités (L) | 46 | 3,736 |
| II. | Histoire par époques [ou de plusieurs règnes] (La) | 40 | 2,145 |
| III. | Histoire par règnes (Lb) | 57 | 69,851 |
| IV. | Journaux et publications périodiques (Lc) | 37 | 10,175 |
| V. | Histoire religieuse (Ld) | 195 | 17,518 |
| VI. | Histoire des institutions politiques ou Histoire constitutionnelle (Le) | 84 | 28,921 |
| VII. | Histoire administrative (Lf) | 269 | 15,716 |
| VIII. | Histoire diplomatique (Lg) | 6 | 1,018 |
| IX. | Histoire militaire (Lh) | 9 | 3,327 |
| X. | Mœurs et coutumes des Français (Li) | 33 | 2,780 |
| XI. | Archéologie française (Lj) | 42 | 5,292 |
| XII. | Histoire locale [provinces, départements, villes, communes, colonies] (Lk) | 19 | 40,928 |
| XIII. | Histoire de la noblesse et des classes en France (Ll) | 25 | 860 |
| XIV. | Histoire des familles françaises [Généalogies] (Lm) | 3 | 2,268 |
| XV. | Biographie française (Ln) | 27 | 37,546 |
| Total | 892 | 242,081 | |
Le 22 janvier 1855, M. Fortoul, ministre de l'instruction publique, présentait à l'empereur le premier volume du Catalogue de l'Histoire de France qui, aujourd'hui terminé, comprend onze volumes in-4o dans lesquels sont décrits 441,836 volumes[245]. Il y faut ajouter deux volumes de supplément, autographiés et consacrés, l'un à l'histoire locale, l'autre à l'histoire des familles françaises et aux biographies individuelles. Le tout sera complété par deux volumes de tables alphabétiques, actuellement en cours d'impression.
Au mois de septembre 1852, le ministre avait invité l'Académie de médecine à dresser le plan du catalogue des sciences médicales. Son appel étant demeuré sans réponse, il chargea de ce soin le secrétaire perpétuel de l'Académie, M. Dubois, d'Amiens, auquel revient l'honneur de la classification adoptée. Ce catalogue a fourni deux volumes (1857-1873); un dernier tome, qui sera bientôt achevé, le terminera et contiendra les tables.