Tameia alleluia, tameia à dou-meni, hau hau, hé hé: Le chant en estoit: Sol sol sol; fafa, re re re, fa sol fa sol fa fa, rere.
Les Brasiliens en leurs Sabats, font aussi de bons accords, comme: Hé hé hé hé hé hé hé hé hé hé, avec cette note, fa fa sol fa fa, sol sol sol sol sol. Et cela faict s'escrioyent d'une façon & hurlement espouventable l'espace d'un quart d'heure, & sautoient en l'air avec violence, jusqu'à en escumer par la bouche, puis recommencerent la musique disans: Heu heüraüye heura heüraüye heüra heüraoutek. La note est: Fa mi re sol sol sol fa mi re mi re mi ut re.
Dans le pays de nos Hurons, il se faict aussi des assemblees de toutes les filles d'un bourg aupres d'une malade, tant à sa priere, suyvant la resverie ou le songe qu'elle en aura euë, que par l'ordonnance de Loki, pour sa santé & guerison. Les filles ainsi assemblees, on leur demande à toutes, les unes apres les autres, celuy qu'elles veulent des jeunes hommes du bourg pour dormir avec elles la nuict prochaine: elles en nomment chacune un, qui sont aussi-tost advertis par les Maistres de la ceremonie, lesquels viennent tous au soir en la presence de la malade, dormir chacun avec celle qui l'a choysi, d'un bout à l'autre de la Cabane, & passent ainsi toute la nuict pendant que deux Capitaines aux deux bouts du logis chantent & sonnent de leur Tortue du soir au lendemain matin, que la ceremonie cesse. Dieu vueille abolir une si damnable & mal-heureuse ceremonie, avec toutes celles qui sont de mesme aloy, & que les François qui les fomentent par leurs mauvais exemples, ouvrent les yeux de leur esprit pour voir ce compte tres-estroict qu'ils en rendront un jour devant Dieu.
De leur mariage & concubinage.
CHAPITRE XI.
OUS lisons, que Cesar louoit grandement les Allemans, d'avoir eu en leur ancienne vie sauvage telle continence, qu'ils repetoient chose tres vilaine à un jeune homme, d'avoir la compagnie d'une femme ou fille avant l'aage de vingt ans. Au contraire des garçons & jeunes hommes de Canada, & particulierement du pays de nos Hurons, lesquels ont licence de s'adonner au mal si tost qu'ils peuvent, & les jeune filles de se prostituer si tost qu'elles en sont capables, voire mesme les peres & meres sont souvent maquereaux de leur propres filles: bien que je poisse dire avec verité, n'y avoir jamais veu donner un seul baiser, ou faire aucun geste ou regard impudique: & pour cette raison j'ose affermer qu'ils sont moins sujet à ce vice que par deçà, dont on peut attribuer la cause, partie à leur nudité, & principalement de la teste, partie au defaut des espiceries, du vin, & partie à l'usage ordinaire qu'ils ont du petun, la fumee duquel estourdit les sens, & monte au cerveau.
Plusieurs jeunes hommes au lieu de se marier, tiennent & ont souvent des filles à pot & à feu, qu'ils appellent non femmes Atinonina, parce que la ceremonie du mariage n'en à point esté faicte, ains Asqua, c'est à dire compagne, ou plustost concubine, & vivent ensemble pour autant longtemps qu'il leur plaist, sans que cela empesche le jeune homme, ou la fille, d'aller voir par-fois leurs autres amis ou amies librement et sans crainte de reproche ny blasme, telle estant la coustume du pays.
Mais leur premiere ceremonie du mariage est que quant un jeune homme veut avoir une fille en mariage, il faut qu'il la demande à ses pere & mere, sans le consentement desquels la fille n'est point à luy (bien que le plus souvent la fille ne prend point leur consentement & advis) sinon les plus sages & mieux advisees. Cet amoureux voulant faire l'amour à sa maitresse, & acquerir ses bonnes graces, se peinturera le visage, & s'accommodera des plus beaux Matachias, qu'il pourra avoir, pour sembler plus beau, puis presentera à la fille quelque colier, brasselet ou oreillette de Pourceleine: si la fille a ce serviteur agreable, elle reçoit ce present, cela faict, cet amoureux viendra coucher avec elle trois ou quatre nuicts & jusques la il n'y a encore point de mariage parfait; ny de promesse donnee, pource qu'apres ce dormir il arrive assez souvent que l'amitié ne continue point & que la fille, qui pour obeyr à son pere, a souffert ce passe droit, n'affectionne pas pour cela ce serviteur, & faut par apres qu'il se retire sans passer outre, comme il arriva de nostre temps à un Sauvage, envers la seconde fille du grand Capitaine de Quieunonascaran, comme le pere de la fille mesme s'en plaignoit à nous, voyant l'obstination de sa fille à ne vouloir passer outre à la derniere ceremonie du mariage, pour n'avoir ce serviteur agreable.