En la saison les champs sont tous couverts de Grues ou Tochingo, qui viennent manger leurs bleds quant ils les sement, & quand ils sont prests à moissonner: de mesme en font les Outardes & les Corbeaux, qu'ils appellent Oraquan, ils nous en faisoient par-fois de grandes plaintes, & nous demandoient le moyen d'y remedier: mais c'estoit une chose bien difficile à faire: ils tuent de ces Grues & Outardes avec leurs flesches, mais ils rencontrent peu souvent, pource que si ces gros oyseaux n'ont pas les aisles rompues, ou ne sont frappez à la mort, ils emportent aysement la flesche dans la playe & guerissent avec le temps, ainsi que nos Religieux de Canada l'ont veu par experience d'une Grue prise à Kebec, qui avoit esté frappée d'une flesche Huronne trois cens lieuës au delà, & trouverent sur sa croupe la playe guerie, & le bout de la flesche avec la pierre enfermee dedans. Ils en prennent aussi quelque-fois avec des colets; mais pour des Corbeaux s'ils en tuent, ils n'en mangent point la chair bien que si j'eusse peu en attraper my-mesme, je n'eusse fait aucune difficulté d'en manger.
Ils ont des Perdrix blanches & grises, nommées Acoissan, & une infinité de Tourterelles, qu'ils appellent Orictey, qui se nourrissent en partie de glands, qu'elles avallent facilement entiers, & en partie d'autre chose. Il y a aussi quantité de Canards, appellez Taron, & de toutes autres sortes & especes de gibiers, que l'on a en Canada: mais pour des Cines, qu'ils appellent Hurhey, il y en a principalement vers les Epicerinys. Les Mousquites & Maringuins, que nous appellons icy coufins, & nos Hurons Yachiey, à cause que leur païs est découvert, & pour la pluspart deserté, il y en a peu par la champagne mais par les forests, principalement dans les Sapiniers, il y en en Esté presqu'autant qu'en la Province de Canada, engendrez de la pourriture & poussiere des bois tombez dés longtemps.
Nos Sauvages ont aussi assez souvent dans leur pays des oyseaux de proye, Aigles, Ducs, Faucons, Tiercelets, Espreviers & autres: mais ils n'ont l'usage ny l'industrie de les dresser, & par ainsi perdent beaucoup de bon gibier, n'ayans aucun moyen de l'avoir qu'avec l'arc ou la flesche. Mais la plus grande abondance se retrouve en certaines Isles dans la mer douce, où il y en a telle quantité; sçavoir, de Canards, Margaux, Roquettes, Outardes, Mauves, Cormorans, & autres que c'est chose merveilleuse.
Des animaux terrestres.
CHAPITRE II.
ENONS aux Animaux terrestres, & disons que la terre & le pays de nos Hurons n'en manque non plus que l'air & les rivieres d'oyseaux & de poissons. Ils ont trois sortes de Renards, tous differens en poil & en couleur, & non en finesse & cautelle: car ils ont la mesme nature, malice & finesse que les nostres de deçà: car comme on dict communement, pour passer la mer on change bien de pays, mais non pas d'humeur.
L'espece la plus rare & la plus prisee des trois, sont ceux qu'ils appellent Hahyuha, lesquels ont tous le poil noir comme gey, & pour cette cause grandement estimé, jusqu'à valoir plusieurs centaines d'escus la piece. La seconde espece la plus estimée apres, sont ceux qu'ils appellent Tsinantontonq, lesquels ont une barre ou lisiere de poil noir, qui leur prend le long du dos, & passe par dessous le ventre, large de quatre doigts ou environ, le reste est aucunement roux. La troisiesme espece sont les communs, appellez Andasatey, ceux cy sont presque de la grosseur & du poil des nostres, sinon que la peu semble mieux fournie, & le poil un peu moins doux.
Ils ont aussi trois sortes & especes d'Escureux différends, & tous trois plus beaux & plus petits que les nostres. Les plus estimez sont les Escureux volans, nommez Sahonesquanta, qui ont la couleur cendree, la teste un peu grosse, & sont munis d'une panne qui leur prend des deux costez d'une patte de derriere & celle de devan, lesquelles ils estendent quand ils veulent voler; car ils volent aysement sur les arbres, & de lieu en lieu assez loin, c'est pourquoy ils sont appellez Escureux volans. Les Hurons nous en firent present d'une nichee de trois qui estoient tres beaux & dignes d'estre presentez à quelque personne de merite, si nous eussions esté en lieu: mais nous en estions trop esloignez. La seconde espece qu'ils appellent Ohthoin, & nous Suisses, à cause de la beauté & diversité de leur poil, sont ceux qui sont rayéz & barrez depuis le devant jusques au derriere d'une barre ou raye blanche, puis d'une rousse, grise & noirastre tout à l'entour du corps, ce qui les rends tres-beaux: mais ils mordent comme perdus, s'ils ne sont apprivoysez, ou que l'on ne s'en donne de garde. La troisiesme espece, sont ceux qui sont presque du poil & de la couleur des nostres, qu'ils appellent Aroussen, & n'y a presque autre difference, sinon qu'ils sont plus petits.