Lazare Carnot habitait une maison en carrés de plâtre, recouverte de chaume; il y faisait une délicieuse fraîcheur. C'est là qu'il reçut une nuit la visite d'une petite danseuse à la chair ferme et dorée qui vint frapper à sa porte, toute nue, des fleurs en ses bras.
—Qui est là?
—C'est l'Amour! dit une voix musicale.
Pour n'être pas aussi simples, nos amours sont-elles aussi jolies?
La guerre étant venue, Lazare Carnot s'engagea. Il gardait une grande discrétion relativement à ses conceptions sociales. Il avait une opinion déterminée sur la guerre:
—Moi, mon cer, je suis citoïen libe de la épublique fançaise. La Fance se battait, je suis venu de suite servi son dapeau.
Un Tel songeait que ce nègre eût donné une leçon à nombre d'intellectuels et de snobs qui, Français, n'en oublièrent pas moins leurs devoirs les plus impérieux.
Lazare Carnot ne dédaignait pas la politique. Il aimait à se remémorer certaines élections où l'on se battait à coups de bâton, afin que fussent affirmés dans l'île les principes «émocatiques» et «anticléicaux» que toutes les civilisations nègres envient à la métropole. Confusément, le mousquetaire noir admettait, lui aussi, l'union sacrée.
Lazare Carnot avait l'étoffe d'un bon citoyen et d'un parfait soldat. Son arme était luisante, propre, méticuleusement entretenue; jamais un gravier n'eût risqué d'en entraver le précieux mécanisme.
C'est avec de semblables soldats que l'on peut soutenir la plus dure des guerres. Un Tel pensait à ces écrivains humanitaires qui se virent froissés en leurs nobles sentiments, parce que des noirs collaboraient à notre œuvre guerrière; il lui apparaissait que le bon, le naïf Lazare Carnot était autrement utile à la cause française que ces folliculaires partis se terrer en Suisse, où ne grondait pas la tempête, afin de nous donner des leçons de dignité humaine.